Au lendemain de l’élimination des Léopards en seizième de finale de la Coupe du monde 2026 face à l’Angleterre, les appels au départ de Sébastien Desabre se multiplient. Comme souvent après une défaite, l’émotion prend le pas sur la raison. Pourtant, si l’on s’en tient aux faits plutôt qu’aux réactions à chaud, une conclusion s’impose : la République démocratique du Congo aurait davantage à perdre qu’à gagner en mettant un terme au mandat du technicien français. Car un sélectionneur ne se juge pas sur un match, mais sur un projet. Et celui confié à Desabre il y a trois ans a incontestablement produit des résultats.
Lorsque Sébastien Desabre prend les commandes des Léopards en 2022, la sélection congolaise sort de plusieurs années d’irrégularité, marquées par des changements répétés de sélectionneurs et des occasions manquées sur la scène continentale et mondiale. Sa mission est alors claire : redonner une identité à l’équipe, restaurer la confiance et replacer la RDC parmi les grandes nations africaines. Trois ans plus tard, le bilan est difficilement contestable. Une demi-finale de la CAN 2024, une qualification historique pour la Coupe du monde après plus d’un demi-siècle d’absence, puis un parcours jusqu’aux seizièmes de finale face à une des meilleures sélections de la planète constituent bien davantage qu’une succession de résultats : ils témoignent d’une progression constante.

Au-delà des performances, Desabre a surtout apporté ce qui faisait défaut aux Léopards depuis longtemps : la stabilité. Il a construit un groupe cohérent, instauré une identité de jeu reconnaissable et créé une culture de la performance où chaque joueur connaît son rôle. Cette continuité explique largement les progrès observés. Dans le football moderne, les grandes réussites reposent rarement sur des changements permanents. Elles s’appuient sur des projets qui s’inscrivent dans la durée.
Les partisans d’un changement avancent toutefois un argument qui mérite d’être entendu : plusieurs cadres des Léopards arrivent au terme de leur cycle. Certains jouent peu en club, d’autres sont sans équipe ou approchent de la fin de leur carrière internationale. Ce constat est réel. Mais il ne constitue pas un argument contre Desabre ; il définit au contraire sa prochaine mission. Le défi des prochaines années ne sera plus seulement de gagner des matches, mais de réussir une transition générationnelle sans compromettre les acquis.

Il est vrai que le sélectionneur a souvent privilégié la prudence dans ses choix. Durant les qualifications et la Coupe du monde, il s’est appuyé sur un noyau de joueurs expérimentés, intégrant les nouveaux profils avec parcimonie. Cette approche était compréhensible dans un contexte où chaque rencontre pouvait décider d’une qualification historique. Le contexte a désormais changé. Les échéances qui s’ouvrent, notamment la CAN 2027 et le lancement du cycle vers le Mondial 2030, exigent une évolution de cette méthode. Des jeunes talents et plusieurs joueurs pressentis avant le Mondial devront progressivement intégrer le groupe afin d’assurer la relève.
C’est précisément là que la Fédération Congolaise de Football Association devra être exigeante. Si Desabre est reconduit, ce ne devra pas être pour reproduire à l’identique le cycle écoulé, mais pour en ouvrir un nouveau. Son contrat moral avec le football congolais doit désormais inclure un objectif supplémentaire : préparer l’avenir. Il devra élargir sa base de sélection, donner du temps de jeu à de nouveaux visages, renouveler progressivement chaque ligne de l’équipe et bâtir une sélection capable de rester compétitive au-delà du départ des cadres actuels.

Ceux qui réclament aujourd’hui son départ oublient qu’aucun projet sérieux ne se construit dans l’instabilité. Remplacer un sélectionneur qui vient d’atteindre les objectifs majeurs qui lui étaient assignés reviendrait à interrompre une dynamique au moment où elle doit évoluer, non disparaître. La vraie question n’est pas de savoir si Desabre mérite de partir. Elle est de savoir s’il est capable de transformer une équipe arrivée au bout d’un premier cycle en une sélection prête à écrire le suivant. Au regard de ce qu’il a accompli depuis trois ans, rien ne permet d’affirmer qu’il en serait incapable.
L’histoire du football enseigne que les grandes nations ne récompensent pas leurs succès en détruisant ce qu’elles ont construit. Elles consolident leurs acquis, corrigent leurs faiblesses et préparent la génération suivante. La RDC dispose aujourd’hui d’une base solide, d’une identité retrouvée et d’un sélectionneur qui connaît son groupe mieux que quiconque. Le véritable courage ne consiste donc pas à céder aux critiques du moment, mais à donner au projet le temps de franchir une nouvelle étape. Si les Léopards veulent durablement s’installer parmi les meilleures sélections africaines, le défi n’est plus de chercher un nouvel homme providentiel. Il est de permettre à celui qui a rebâti cette équipe d’achever son œuvre en conduisant la transition qui façonnera les succès de demain.
Par Thierry Bwongo

