À peine sortie des consultations de Bujumbura, la Coalition Article 64 (C64) fait face à ses premières turbulences internes. Alors que la plateforme s’efforce d’afficher un front uni contre toute réforme constitutionnelle, les critiques formulées par Alain Bolodjwa mettent en lumière des divergences de méthode et de gouvernance qui pourraient fragiliser son action politique.
Le responsable de la coalition reproche aux membres ayant participé aux consultations organisées sous l’égide du président burundais et président en exercice de l’Union africaine, Évariste Ndayishimiye, d’avoir communiqué publiquement sur les conclusions de leur mission avant d’en rendre compte à la Conférence des présidents, présentée comme l’instance suprême de décision de la C64. Selon lui, cette démarche constituerait une entorse aux règles internes de la plateforme.
Cette controverse intervient dans un contexte délicat pour la coalition. Constituée autour du rejet de toute révision de la Constitution, la C64 rassemble des formations et personnalités aux sensibilités diverses. Les consultations de Bujumbura, qui ont conduit au report de la marche initialement prévue le 8 juillet au 22 juillet, étaient déjà perçues comme un test de cohésion pour cette alliance.

Au-delà de la question procédurale, les critiques révèlent des divergences stratégiques. D’un côté, certains responsables privilégient le dialogue et les initiatives diplomatiques régionales ; de l’autre, des membres redoutent que cette approche n’affaiblisse la fermeté du mouvement face au pouvoir. En toile de fond se dessinent également des interrogations sur la gouvernance de la coalition et sur la légitimité de ceux qui s’expriment en son nom.
Ces tensions pourraient avoir des conséquences sur la capacité de mobilisation de la C64. L’histoire politique récente de la RDC montre que plusieurs grandes coalitions d’opposition ont été confrontées à des divisions internes qui ont parfois réduit leur efficacité. Toutefois, il est encore prématuré d’affirmer que la C64 est « au bord de la fracture », comme le suggère le titre, les désaccords publics ne signifiant pas nécessairement une rupture de la coalition.
À l’approche de la manifestation annoncée pour le 22 juillet, la C64 devra démontrer qu’elle est capable de préserver son unité tout en gérant les divergences entre ses composantes. La manière dont elle résoudra ces tensions internes pourrait peser sur sa crédibilité et sur sa capacité à défendre son principal combat politique : la préservation de l’ordre constitutionnel.
Par Guy Roger Tshitenge

