Kinshasa. La République démocratique du Congo franchit une nouvelle étape dans la modernisation de son arsenal juridique en matière de commerce extérieur. Le président de la République a promulgué deux lois stratégiques, quelques semaines après leur adoption par l’Assemblée nationale et le Sénat : la loi portant ratification de l’Accord international sur le cacao et celle portant ratification de l’Accord de partenariat économique global (APEG) conclu entre la RDC et les Émirats arabes unis. L’ordonnance présidentielle a été rendue publique lundi soir sur les antennes de la RTNC, ouvrant désormais la voie à leur mise en œuvre.
Pour le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku Kahongya, ces promulgations constituent une avancée majeure dans la réforme du secteur. « La mise en œuvre opérationnelle peut désormais commencer », s’est-il réjoui, estimant que l’adoption de textes de loi solides permet de « structurer, sécuriser et dynamiser » l’action publique. Le ministre inscrit ces réformes dans un chantier plus vaste de modernisation du cadre juridique national, annonçant que le prochain défi sera l’adoption d’un nouveau Code du commerce appelé à remplacer une législation datant de 1973, devenue inadaptée aux exigences du commerce international contemporain et aux règles de l’Organisation mondiale du commerce.
Si cette avancée est saluée sur le plan institutionnel, son impact réel sera jugé à l’aune des résultats qu’elle produira pour les Congolais. En l’état, ces deux lois ne modifient ni le pouvoir d’achat des ménages, ni le niveau de l’emploi, ni les revenus des agriculteurs. Elles créent avant tout un cadre juridique destiné à faciliter les investissements, sécuriser les échanges commerciaux et renforcer l’intégration de la RDC dans les marchés internationaux. Les bénéfices attendus dépendront désormais de la capacité des autorités à transformer ce cadre légal en politiques publiques concrètes.
L’Accord international sur le cacao ouvre notamment des perspectives pour les producteurs congolais. En harmonisant certaines règles avec les standards internationaux, il pourrait faciliter l’accès du cacao congolais à de nouveaux marchés, améliorer sa compétitivité et attirer davantage d’investissements dans la filière. Mais cette opportunité s’accompagne d’exigences. Les producteurs devront progressivement répondre à des normes plus strictes en matière de qualité, de fermentation, de séchage, de traçabilité des récoltes et de respect des standards sociaux et environnementaux. Sans un accompagnement de l’État, ces nouvelles exigences risquent de constituer un obstacle plutôt qu’un levier de développement.
L’accord conclu avec les Émirats arabes unis pourrait, quant à lui, favoriser l’arrivée de nouveaux investisseurs dans des secteurs tels que l’agro-industrie, les infrastructures, la logistique ou encore la transformation des matières premières. Là encore, les opportunités sont réelles, mais elles ne produiront des effets positifs que si le gouvernement met en place des politiques d’accompagnement ambitieuses : accès au crédit pour les producteurs, distribution de semences améliorées, renforcement des infrastructures rurales, simplification des procédures d’exportation, incitations fiscales à la transformation locale et dispositifs de protection des entreprises congolaises face à la concurrence internationale.
Le véritable enjeu dépasse donc la simple ratification de deux accords. Il réside dans la capacité de la RDC à rompre avec un modèle économique essentiellement fondé sur l’exportation de matières premières brutes. Si le cacao congolais continue de quitter le pays sous forme de fèves, l’essentiel de la valeur ajoutée, des emplois et des revenus restera capté à l’étranger. À l’inverse, le développement d’unités locales de transformation, la montée en gamme de la production et une meilleure insertion des producteurs dans les chaînes de valeur internationales pourraient faire de ces réformes un véritable moteur de croissance.
Pour les citoyens comme pour les producteurs de cacao, la promulgation de ces lois représente donc moins une finalité qu’un point de départ. Leur réussite ne se mesurera pas au nombre de textes adoptés, mais à des indicateurs concrets : davantage d’investissements, des emplois créés, des revenus agricoles en hausse, des exportations plus diversifiées et une amélioration perceptible des conditions de vie. C’est sur ce terrain, celui des résultats, que sera appréciée la portée réelle de cette nouvelle étape de la politique commerciale de la RDC.
Par Thierry Bwongo

