Kinshasa – Huit ans après la révision du Code minier, la question de la capacité de la République démocratique du Congo à tirer pleinement profit de ses immenses ressources naturelles revient au cœur du débat. Un rapport publié par Le Messager Africain estime que, malgré une hausse des redevances minières obtenue grâce à la réforme de 2018, les dispositifs mis en place n’ont pas permis d’enrayer efficacement la fuite des capitaux ni d’assurer le rapatriement intégral des devises issues des exportations du secteur.
Le document soutient que certaines dispositions juridiques, notamment les accords spécifiques et les clauses de stabilité conclus avec des entreprises minières, auraient limité l’application effective des obligations de rapatriement des recettes d’exportation. Cette situation aurait favorisé des flux financiers vers l’étranger, privant l’économie congolaise d’importantes ressources en devises et réduisant les capacités de financement de l’État.
S’appuyant notamment sur plusieurs observations formulées par l’Inspection générale des finances (IGF), en particulier dans le dossier Sicomines, le rapport évoque des irrégularités dans certains partenariats miniers ainsi que des mécanismes d’optimisation fiscale ayant entraîné des pertes estimées à plusieurs milliards de dollars. Selon les auteurs, ces ressources auraient pu contribuer au financement de secteurs prioritaires tels que la santé, l’éducation, les infrastructures ou encore la sécurité.
Face à ces constats, le rapport recommande un renforcement des obligations de rapatriement des devises, une révision de certaines dispositions du Code minier, un contrôle accru des recettes issues des exportations ainsi qu’une plus grande autonomie des institutions chargées de lutter contre la fraude financière. Il plaide également pour une meilleure transparence dans la gestion des revenus du secteur extractif.
Cette publication intervient alors que les autorités congolaises affichent leur volonté de renforcer la gouvernance minière, notamment à travers un audit de la chaîne des recettes du secteur. Au-delà des chiffres, le débat porte désormais sur la capacité de la RDC à transformer son immense potentiel minier en véritable levier de développement économique et social, en garantissant que les richesses produites bénéficient effectivement à la population.
Par Didier Mbongomingi

