La République démocratique du Congo fait une nouvelle fois face à une épidémie de Ebola. Mais cette flambée épidémique, officiellement déclarée vendredi dernier, présente une particularité majeure qui la distingue des précédentes crises sanitaires vécues dans le pays : il ne s’agit pas de la redoutable souche Ebola Zaïre, mais du virus Ebola Bundibugyo, une variante beaucoup plus rare, encore mal maîtrisée par la science et pour laquelle il n’existe actuellement ni vaccin homologué ni traitement spécifique.
Depuis plusieurs années, la RDC avait acquis une certaine avance dans la lutte contre Ebola grâce au développement de vaccins efficaces contre la souche Zaïre, responsable des épidémies les plus meurtrières enregistrées notamment à Mbandaka, Beni ou encore Bikoro. Cette fois, les autorités sanitaires doivent faire face à un virus génétiquement différent. Découverte pour la première fois en 2007 dans le district de Bundibugyo en Ouganda, cette souche appartient à la même famille des filovirus, mais possède des caractéristiques biologiques distinctes qui compliquent la riposte médicale classique.
Scientifiquement, Ebola est une maladie virale hémorragique extrêmement contagieuse, transmise par contact direct avec les fluides corporels d’une personne infectée ou décédée. Le virus provoque généralement une forte fièvre, une fatigue intense, des douleurs musculaires, des vomissements et, dans les cas graves, des hémorragies internes et externes. Toutefois, toutes les souches du virus ne présentent pas le même niveau de dangerosité. La souche Zaïre affiche historiquement un taux de mortalité pouvant dépasser 70 %, tandis que la souche Bundibugyo présente une létalité estimée autour de 25 à 40 %. Une différence importante, mais qui ne réduit pas pour autant les inquiétudes des spécialistes.
Car le principal défi actuel réside dans l’absence d’outils médicaux spécifiquement adaptés à cette variante. Les vaccins utilisés lors des précédentes épidémies en RDC ciblent essentiellement la souche Zaïre et leur efficacité contre Bundibugyo reste limitée ou insuffisamment documentée. Cela oblige les autorités à revenir aux méthodes classiques de contrôle sanitaire : isolement des malades, traçage des cas contacts, enterrements sécurisés et sensibilisation communautaire.
Les foyers de contamination concernent principalement la province de l’Ituri, notamment Bunia et plusieurs zones de santé environnantes. Le Nord-Kivu est également touché avec des cas signalés à Butembo ainsi qu’à Goma. Selon les autorités sanitaires, le premier cas remonterait au 24 avril 2026. À ce stade, 513 cas suspects ont été recensés et 131 décès présumés font encore l’objet de vérifications.
La déclaration officielle d’une épidémie ne repose pas uniquement sur l’apparition de plusieurs décès. En pratique, les autorités sanitaires doivent confirmer biologiquement la présence du virus à travers des analyses de laboratoire réalisées sur des échantillons prélevés chez les patients suspects. Une fois les résultats confirmés et la circulation communautaire établie, le ministère de la Santé peut déclarer officiellement l’épidémie, souvent en coordination avec Organisation mondiale de la santé. Dans le cas présent, l’OMS a déjà classé cette flambée comme une urgence de santé publique de portée internationale, signe de la gravité de la situation et du risque potentiel de propagation régionale.
Face à cette menace, le président Félix Tshisekedi a convoqué une réunion de crise dans la nuit du 18 mai à la Cité de l’Union africaine. Le Chef de l’État a ordonné le renforcement immédiat de la riposte sanitaire dans les zones concernées et appelé la population au calme ainsi qu’au strict respect des mesures de prévention.
L’inquiétude dépasse désormais les frontières congolaises. Les Centers for Disease Control and Prevention ont renforcé les contrôles sanitaires après la contamination d’un ressortissant américain en RDC, tandis que le Rwanda a fermé sa frontière terrestre avec la RDC par mesure de précaution.
Malgré cette situation préoccupante, le ministre de la Santé, Samuel Roger Kamba, insiste sur l’expérience acquise par la RDC après 17 épidémies précédentes. Mais cette fois, la bataille s’annonce différente : moins spectaculaire peut-être, mais scientifiquement plus complexe, dans un contexte sécuritaire et humanitaire déjà extrêmement fragile dans l’Est du pays.
Par Didier Mbongomingi

