L’aventure de la RDC à la Coupe du monde 2026 est désormais terminée. Une élimination frustrante face à l’Angleterre (2-1) en seizième de finale, mais qui ne laisse ni amertume ni regrets. Au contraire, elle marque peut-être le début d’une nouvelle histoire pour les Léopards. Peu d’observateurs auraient parié sur un tel parcours d’une sélection qui s’était qualifiée au terme d’un véritable marathon, après avoir dû passer par les barrages continentaux puis intercontinentaux, dans un scénario digne des Hunger Games. Pourtant, les hommes de Sébastien Desabre ont déjoué tous les pronostics et offert au pays sa plus belle campagne mondiale, effaçant en grande partie le souvenir douloureux du Mondial 1974.
Cette génération a surtout prouvé qu’une équipe compétitive ne se construit pas uniquement sur le talent individuel. Si la RDC ne disposait pas, sur le papier, de l’effectif le plus impressionnant du tournoi, elle a compensé par des valeurs rarement aussi visibles : l’engagement, la solidarité, le patriotisme et le sens du sacrifice. Sébastien Desabre a choisi des joueurs prêts à mourir pour le maillot plutôt que de simples individualités. Ce pari s’est révélé gagnant. Pendant 75 minutes face à une Angleterre classée parmi les cinq meilleures nations mondiales, les Léopards ont fait vaciller un géant du football avant de céder avec les honneurs.

Mais le plus difficile commence sans doute aujourd’hui. Le travail accompli en plus de trois années a permis à la RDC de retrouver une crédibilité sur la scène internationale. Désormais, l’objectif n’est plus de créer la surprise, mais de confirmer ce nouveau statut. Pour y parvenir, un vaste chantier s’impose : réussir le renouvellement de l’effectif sans perdre l’âme qui a fait la force de cette équipe. Comment apporter du sang neuf tout en préservant l’état d’esprit qui a conduit les Léopards jusqu’en seizième de finale ?
La question est d’autant plus importante que plusieurs cadres approchent de la fin de leur carrière internationale. Des joueurs comme Chancel Mbemba, Cédric Bakambu, Arthur Masuaku ou encore Samuel Moutoussamy ont incarné l’identité de cette sélection. Leur expérience, leur leadership et leur attachement au drapeau ont été essentiels. Mais le prochain objectif est déjà fixé : la Coupe du monde 2030 organisée par l’Espagne, le Portugal et le Maroc. Il serait illusoire de construire ce projet uniquement autour de joueurs qui seront alors au crépuscule de leur carrière.
La transition doit donc commencer dès les prochains rassemblements. Les éliminatoires de la Coupe d’Afrique des Nations 2027 offriront une première occasion d’intégrer progressivement une nouvelle génération. Les performances des Léopards U23 lors du récent Tournoi Maurice Revello (Tournoi de Toulon) ont montré que la relève existe. Des joueurs comme Oscar Kabwit, Arthur Spadoni, Messy Manitu ou Jules Ahoka ont démontré qu’ils pouvaient rapidement prétendre à une place chez les A. À cela s’ajoute la relance progressive d’un championnat national plus régulier, indispensable pour détecter de nouveaux talents et élargir le vivier de la sélection.

Si de nombreux Congolais souhaitent voir Sébastien Desabre poursuivre son travail, c’est précisément parce que le technicien français semble être l’homme de cette transition. Son défi sera immense : renouveler l’effectif sans casser la dynamique, préparer la CAN 2027, viser une nouvelle qualification mondiale et installer durablement la RDC parmi les grandes nations africaines. Plus encore, il devra convaincre d’autres binationaux et jeunes talents que le projet sportif des Léopards est aujourd’hui crédible et ambitieux.
Ce Mondial aura finalement laissé un héritage bien plus précieux qu’un simple parcours sportif. Il a redonné une identité à une sélection nationale et ravivé la fierté de tout un peuple. Les Léopards sont devenus le symbole d’une République démocratique du Congo résiliente, capable de se relever malgré les défis sécuritaires, économiques et sociaux qui la traversent. Désormais, le véritable enjeu n’est plus de réussir un exploit isolé, mais de bâtir une équipe capable de s’installer durablement parmi les meilleures d’Afrique et de retrouver régulièrement les plus grandes compétitions internationales. C’est aujourd’hui que se prépare la CAN 2027 et le Mondial 2030.
Par Thierry Bwongo

