Le dernier rapport du Groupe d’experts des Nations unies présente un tableau alarmant de la situation sécuritaire dans l’est de la République démocratique du Congo. Les experts estiment que l’Alliance Fleuve Congo/M23 (AFC/M23), avec un soutien militaire déterminant du Rwanda, a consolidé son emprise sur une grande partie des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, tant sur les plans militaire que politique, économique et administratif.
Sur le plan sécuritaire, le rapport évalue les effectifs de l’AFC/M23 à environ 30 000 combattants, soutenus par 14 000 à 18 000 soldats des Forces de défense rwandaises (RDF), dont la présence serait restée stable depuis décembre 2025. Les experts attribuent à la RDF un rôle direct dans les opérations militaires, évoquant notamment l’utilisation de drones, de moyens de guerre électronique, de forces spéciales et d’appuis aériens.

Le document fait également état de recrutements forcés d’adultes et de mineurs par l’AFC/M23. Des témoignages recueillis par les enquêteurs évoquent des actes de torture, des exécutions sommaires et de mauvais traitements dans certains camps d’entraînement, notamment à Rumangabo. Malgré ces recrutements, le mouvement ferait face à un nombre important de désertions. Les experts affirment par ailleurs que des tentatives de corruption auraient été menées pour inciter des officiers des FARDC et des responsables Wazalendo à changer de camp.
Les enquêteurs rapportent que l’AFC/M23 a poursuivi ses offensives dans plusieurs territoires du Nord-Kivu et du Sud-Kivu afin d’étendre son contrôle. Ils documentent également de nombreuses violations des droits humains, parmi lesquelles des exécutions de civils, des incendies de villages et la destruction de moyens de subsistance. D’autres groupes armés, notamment les FDLR, sont eux aussi accusés d’exactions contre les populations civiles.
Au-delà des aspects militaires, le rapport souligne la mise en place progressive d’une administration parallèle dans les zones contrôlées par l’AFC/M23. Selon les experts, le mouvement assure désormais la perception de taxes, réorganise certains services publics, contrôle les sociétés de distribution d’eau et d’électricité et favorise l’émergence de nouveaux circuits économiques et financiers en remplacement des structures officielles.

Le rapport aborde également la dimension politique du conflit. Les experts relèvent que la plateforme « Sauvons la RDC », associée à Joseph Kabila, a appelé à un « soulèvement populaire » dont les objectifs seraient, selon eux, proches de ceux de l’AFC/M23. Ils mentionnent plusieurs visites de l’ancien chef de l’État dans les zones contrôlées par le mouvement ainsi que des rencontres avec ses dirigeants. Le rapport estime que cette dynamique contribue à présenter le conflit comme une crise essentiellement interne, tout en minimisant le rôle du Rwanda. Les experts signalent néanmoins l’existence de divergences stratégiques au sein de l’AFC/M23 sur la poursuite de ses objectifs militaires.
Dans ses conclusions, le Groupe d’experts estime que la crise dans l’est de la RDC continue de s’aggraver, avec une implication militaire rwandaise jugée déterminante, un renforcement des structures politico-administratives de l’AFC/M23 et une multiplication des violations des droits humains, laissant entrevoir des perspectives de stabilisation toujours très incertaines.
Par la rédaction

