Par Didier Mbongomingi
Sur les marchés financiers internationaux, les richesses naturelles d’un pays ne suffisent plus à rassurer les investisseurs. La véritable richesse d’un État réside désormais dans sa crédibilité. Celle-ci ne s’inscrit dans aucun bilan comptable, mais elle détermine pourtant le coût auquel un pays emprunte, sa capacité à attirer les capitaux étrangers et la confiance que lui accordent les institutions financières internationales. Cette crédibilité se construit lentement, mais elle peut être fragilisée en quelques jours par une décision administrative, une polémique institutionnelle ou une procédure judiciaire mal perçue.
L’affaire ayant impliqué l’ancien inspecteur général des finances, Jules Alingete, et Rawbank, avant que tous deux ne soient finalement mis hors de cause par la justice, dépasse ainsi le simple cadre judiciaire. Au-delà des responsabilités individuelles, qui relèvent exclusivement des juridictions compétentes, cette séquence invite à une réflexion plus large : dans quelle mesure certaines décisions institutionnelles peuvent-elles affecter l’image financière d’un pays engagé dans une stratégie de reconquête de la confiance des investisseurs ?
Depuis plusieurs années, la République démocratique du Congo s’efforce d’améliorer sa gouvernance économique, de renforcer la transparence des finances publiques et de convaincre les marchés internationaux qu’elle constitue une destination crédible pour les investissements. Ce travail mobilise le gouvernement, la Banque centrale, les administrations financières ainsi que de nombreux partenaires techniques et financiers. Il exige des années de réformes, de discipline budgétaire et de stabilité institutionnelle. Pourtant, il suffit parfois qu’un doute s’installe sur la sécurité juridique ou la cohérence des institutions pour que les investisseurs deviennent plus prudents.
Les marchés financiers fonctionnent moins sur les certitudes que sur la perception du risque. Les agences de notation, les banques d’investissement et les grands fonds internationaux analysent non seulement les indicateurs macroéconomiques, mais aussi la qualité des institutions, la prévisibilité des décisions publiques et la sécurité juridique des acteurs économiques. Dès lors, toute affaire fortement médiatisée susceptible de susciter des interrogations sur la stabilité institutionnelle peut, qu’elle soit fondée ou non, produire des effets dépassant largement son objet initial.
Les conséquences financières peuvent être considérables. À titre d’illustration, une hausse d’un seul point de pourcentage du coût d’un emprunt obligataire international d’un milliard de dollars représenterait environ dix millions de dollars d’intérêts supplémentaires chaque année, soit près de cent millions de dollars sur une décennie. Sans prétendre établir un lien direct entre une affaire particulière et une telle évolution, cet exemple montre combien la confiance constitue aujourd’hui un actif économique stratégique dont la valeur se chiffre parfois en centaines de millions de dollars.
C’est précisément pourquoi la gouvernance moderne ne peut plus se limiter à la stricte légalité des actes administratifs. Elle impose également une culture de coordination entre les institutions. Lorsqu’un ministère économique, la Banque centrale et les services chargés des finances publiques travaillent pendant des années à renforcer la réputation financière du pays, chaque initiative susceptible d’influencer la perception des investisseurs mérite une évaluation approfondie de ses conséquences économiques. Préserver la crédibilité d’un État est désormais une responsabilité collective.
La mise hors de cause de Jules Alingete et de Rawbank par les décisions judiciaires vient clore le volet judiciaire de cette affaire. Mais le débat qu’elle soulève demeure pleinement d’actualité. Dans un monde où les capitaux circulent à la vitesse de l’information, la réputation financière d’un pays est devenue un patrimoine national qu’il convient de protéger avec autant de rigueur que ses ressources naturelles.
La République démocratique du Congo ambitionne de devenir une économie émergente, capable de mobiliser davantage de financements internationaux et d’attirer des investissements privés de grande envergure. Cette ambition ne pourra se concrétiser que si toutes les institutions parlent le même langage lorsqu’il s’agit de préserver la sécurité juridique, la stabilité économique et la confiance des marchés. Car, en définitive, la confiance est l’une des rares richesses qui mettent des années à se construire, mais qui peuvent se perdre en un instant.
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