Kinshasa – Vingt-quatre heures après l’annonce par le président Félix-Antoine Tshisekedi de l’organisation prochaine d’un dialogue national inclusif, le cardinal Fridolin Ambongo a reçu les responsables de la coalition de l’opposition C64. Cette séquence confirme le rôle central des confessions religieuses dans la décrispation de la vie politique congolaise, mais pose déjà une question essentielle : le dialogue annoncé suffira-t-il à apaiser les tensions et à éviter une nouvelle confrontation entre le pouvoir et l’opposition ?
En reprenant à son compte une revendication défendue depuis plusieurs mois par la CENCO et l’Église du Christ au Congo (ECC), le chef de l’État opère un changement de cap. Face à la crise sécuritaire dans l’Est, aux tensions politiques internes et aux débats autour de la Constitution, le pouvoir semble reconnaître que le consensus constitue désormais une voie incontournable pour préserver la stabilité du pays.
Toutefois, cette ouverture politique reste entourée d’incertitudes. Ni les modalités du dialogue, ni les participants, ni les garanties de mise en œuvre n’ont encore été définis. Cette absence de feuille de route alimente la prudence d’une opposition marquée par l’expérience de précédents dialogues souvent accusés d’avoir davantage redistribué les équilibres politiques que résolu les crises de fond.
Dans ce contexte, la marche annoncée par la C64 pour le 22 juillet conserve toute sa portée. Plus qu’un rejet du dialogue, elle pourrait constituer un moyen de renforcer le rapport de force avant l’ouverture des discussions. Pour l’opposition, participer à une concertation sans garanties suffisantes risquerait d’affaiblir ses revendications, notamment sur la défense de la Constitution de 2006 et le rejet d’une éventuelle révision constitutionnelle.

Le cardinal Fridolin Ambongo apparaît une nouvelle fois comme un médiateur incontournable. Sa capacité à instaurer un climat de confiance entre le pouvoir et l’opposition sera déterminante pour convaincre les différentes parties que ce dialogue ne sera ni un simple exercice politique, ni un instrument de légitimation, mais un véritable cadre de recherche de solutions aux défis nationaux.
Le véritable enjeu dépasse cependant l’organisation des assises. Le succès du dialogue dépendra de son caractère réellement inclusif, de la transparence de son agenda et de la volonté des acteurs de traduire leurs engagements en réformes concrètes. Sans ces garanties, la méfiance qui caractérise depuis longtemps la scène politique congolaise pourrait rapidement reprendre le dessus.
À quelques jours de la mobilisation annoncée par la C64, la RDC se trouve ainsi à un moment décisif. Si le dialogue parvient à rapprocher les différentes sensibilités politiques autour des intérêts supérieurs de la Nation, il pourrait ouvrir une nouvelle phase de stabilité. Dans le cas contraire, il risque de n’être perçu que comme une initiative de plus dans un paysage politique où la confiance demeure la ressource la plus rare.
Par Guy Roger Tshitenge

