Il aura suffi d’une phrase, brutale dans sa simplicité, pour raviver un débat que beaucoup préféreraient éviter.
« Quatre ans à l’ISTA sans qu’un assistant ne me touche les seins, ce n’est pas donné à tout le monde. »
Au-delà de la provocation, cette publication a agi comme un révélateur. En quelques heures, elle a suscité une avalanche de réactions, entre indignation, témoignages et démentis. Si cette phrase ne constitue en rien une preuve de faits précis ni une description de toutes les réalités universitaires, elle met en lumière un malaise que de nombreux étudiants disent connaître ou avoir entendu évoquer.
Depuis plusieurs années, l’expression « points au sexe » revient régulièrement dans les discussions sur l’enseignement supérieur en République démocratique du Congo. À elle seule, cette formule interroge. Qu’elle corresponde à des faits avérés dans certains cas, à des rumeurs ou à des perceptions, son installation dans le langage courant traduit une crise de confiance qui ne peut être ignorée.
L’université est pourtant censée incarner le mérite, la rigueur intellectuelle et l’égalité des chances. Lorsqu’un étudiant ou une étudiante peut croire que l’évaluation académique dépend d’autre chose que du travail fourni, c’est toute la crédibilité de l’institution qui est fragilisée. Même la simple perception d’un tel risque suffit à entamer la confiance envers le système.
Les premières victimes d’éventuels abus sont les étudiantes et les étudiants qui se sentent vulnérables face à une relation de pouvoir déséquilibrée. Les témoignages publiquement rapportés au fil des années évoquent des avances insistantes, des sollicitations ambiguës ou des pressions supposées. Mais beaucoup disent également hésiter à dénoncer ces comportements, par peur de représailles, de stigmatisation ou de voir leur parcours académique compromis.
Ces situations, lorsqu’elles sont établies, portent également préjudice aux milliers d’enseignants, assistants et chercheurs qui exercent leur métier avec intégrité. Une minorité de comportements répréhensibles peut suffire à jeter le discrédit sur toute une profession. Défendre l’éthique universitaire, c’est aussi protéger l’honneur de cette majorité silencieuse qui respecte ses responsabilités.

La réponse ne peut donc être uniquement morale. Elle doit être institutionnelle. Les établissements d’enseignement supérieur doivent disposer de mécanismes de prévention efficaces, de procédures de signalement accessibles, d’enquêtes impartiales et de sanctions exemplaires lorsque des faits sont établis. Dans le même temps, les personnes mises en cause doivent bénéficier du respect de la présomption d’innocence jusqu’à l’aboutissement des procédures.
Au-delà des campus, cette question renvoie à un choix de société. Quelle culture voulons-nous transmettre à notre jeunesse ? Celle où la réussite repose sur le mérite, le travail et les compétences, ou celle où des rapports de pouvoir peuvent, dans certains cas, compromettre l’égalité des chances ?
La publication qui a embrasé les réseaux sociaux ne prouve pas, à elle seule, l’existence d’un système généralisé. En revanche, elle révèle l’ampleur d’une inquiétude collective. Et lorsqu’une telle inquiétude s’installe durablement dans l’opinion, elle mérite davantage qu’un débat éphémère : elle appelle une réflexion profonde et des réponses concrètes.
Une université ne se mesure pas seulement à ses bâtiments, à ses laboratoires ou à ses diplômés. Elle se juge aussi à sa capacité à garantir un environnement où chaque étudiant peut apprendre, être évalué et réussir dans le seul respect de son intelligence, de son travail et de sa dignité.
Parce que, dans une République fondée sur l’égalité des chances, les points doivent toujours récompenser le savoir, l’effort et le mérite. Jamais la peur, le silence ou le corps d’un étudiant.
Par Guy Roger Tshitenge

