Kinshasa — Assainissement | Analyse — Le changement opéré par le gouverneur de la ville-province de Kinshasa à la tête de la Régie chargée de la gestion des déchets intervient à un moment où l’assainissement est redevenu l’un des grands enjeux de la capitale. Avec les opérations menées ces derniers mois, notamment sous l’impulsion de la Task Force pour l’assainissement, plusieurs espaces publics ont commencé à changer de visage. Dès lors, la décision du gouverneur pose une question : s’agit-il d’un simple réaménagement administratif ou de la volonté de remettre la Régie au centre du dispositif d’assainissement de Kinshasa ?
Le changement d’un responsable peut constituer un signal politique, mais il ne produira des effets que s’il s’accompagne d’une nouvelle méthode. La véritable évaluation se fera dans les rues : régularité de la collecte, disparition durable des dépotoirs sauvages, évacuation des points noirs, entretien des grandes artères et coordination entre les communes et les services provinciaux. Pour réussir, la nouvelle direction devra donc disposer d’une feuille de route précise, d’objectifs mesurables et surtout des moyens humains, financiers et logistiques correspondant à l’ampleur d’une métropole comme Kinshasa.

Mais cette réorganisation soulève une autre interrogation : quelle articulation entre la Régie et la Task Force pour l’assainissement ? Cette dernière s’est imposée ces derniers mois comme l’un des principaux visages de l’offensive contre l’insalubrité. Dans ce contexte, le changement intervenu à la Régie pourrait alimenter les lectures faisant état d’une reprise en main du secteur. Rien, dans les éléments disponibles, ne permet cependant d’établir l’existence d’un bras de fer. L’enjeu devrait plutôt être d’éviter qu’un chevauchement des compétences ne transforme deux instruments poursuivant le même objectif en structures concurrentes.
La répartition des rôles pourrait justement constituer l’une des clés du nouveau dispositif. À la Task Force l’impulsion, la coordination ou le suivi ; à la Régie l’exécution technique et permanente, selon les responsabilités qui leur sont effectivement attribuées. Car l’assainissement d’une capitale ne peut durablement dépendre d’opérations ponctuelles. Kinshasa a besoin d’un service capable d’assurer quotidiennement la collecte et l’évacuation des déchets, y compris lorsque les opérations exceptionnelles et les équipes fortement visibles sur le terrain se retirent.

Le chantier pourrait même aller plus loin. Une Régie modernisée devrait progressivement passer d’une logique consistant simplement à « enlever les immondices » à une véritable politique de gestion des déchets : cartographie des zones de production, circuits et calendrier de collecte, contrôle des prestataires, centres de transfert et de traitement, tri, recyclage et valorisation. Les déchets pourraient alors cesser d’être uniquement considérés comme une nuisance pour devenir également une filière économique susceptible de générer des activités et des emplois.
Pour le gouverneur, le changement à la tête de la Régie ouvre donc une nouvelle séquence, mais également une obligation de résultat. Les Kinois jugeront moins la pertinence des réaménagements administratifs que leurs conséquences dans leur environnement quotidien. Kinshasa n’a besoin ni d’une guerre entre la Task Force et la Régie, ni d’une nouvelle bataille de compétences : elle a besoin d’une chaîne d’assainissement qui fonctionne. Le véritable indicateur sera finalement très simple : des déchets collectés régulièrement, des espaces assainis qui le restent et une capitale dont la propreté ne dépend plus d’opérations exceptionnelles, mais d’un système capable de fonctionner durablement.
Par la Rédaction

