Kinshasa — Société | Alerte — À Kinshasa, le vol d’un téléphone, d’un portefeuille ou d’un sac pourrait désormais avoir des conséquences bien plus graves que la seule perte du bien emporté. Plusieurs témoignages rapportés à notre rédaction font état de victimes ayant constaté, peu après leur agression, des retraits ou transferts d’argent depuis leurs comptes bancaires. Sans permettre, à ce stade, de mesurer l’ampleur réelle du phénomène, ces cas soulèvent une question préoccupante sur la sécurité des services bancaires et financiers accessibles depuis les téléphones mobiles.
L’un des témoignages concerne un agent de l’ONATRA qui, selon les informations recueillies, aurait été braqué vers 6 heures du matin à proximité de son domicile alors qu’il se rendait au travail. Son téléphone et plusieurs effets personnels auraient été emportés. Avant même qu’il ne puisse achever les démarches de signalement, il aurait découvert qu’une somme avait été débitée de son compte et transférée vers un numéro de téléphone. Dans un autre cas rapporté, une personne ayant perdu un sac contenant notamment sa carte bancaire se serait rapidement rendue à sa banque, mais aurait constaté qu’une partie importante de ses fonds avait déjà été retirée pendant le temps consacré aux formalités.
Ces témoignages doivent encore être documentés et techniquement vérifiés avant d’en tirer des conclusions générales. Mais ils posent une question essentielle : comment des malfaiteurs peuvent-ils parvenir, dans certains cas, à effectuer aussi rapidement des opérations après avoir dérobé un téléphone ou une carte ? Plusieurs hypothèses peuvent théoriquement entrer en jeu — téléphone insuffisamment verrouillé, informations sensibles conservées dans l’appareil, carte SIM compromise, codes accessibles ou autres faiblesses dans la chaîne de sécurité — sans qu’il soit possible d’affirmer, en l’absence d’enquête, laquelle explique les cas rapportés.
La situation interpelle directement les banques et les opérateurs de télécommunications. Dans un environnement où téléphone, numéro SIM, mobile money et applications bancaires sont de plus en plus interconnectés, la sécurité ne peut plus dépendre uniquement d’un code secret. Les établissements financiers devraient notamment faciliter le blocage immédiat des cartes et accès numériques, renforcer les contrôles sur les transactions inhabituelles et surtout mettre à la disposition des clients des procédures d’urgence simples et disponibles 24 heures sur 24. Pour une personne qui vient d’être agressée, chaque minute peut compter.
La responsabilité des utilisateurs reste également importante. Après le vol d’un téléphone ou d’une carte bancaire, la priorité devrait être de faire bloquer immédiatement la carte et les accès bancaires, puis la carte SIM, avant même les démarches administratives qui peuvent attendre. Les codes PIN et mots de passe ne devraient jamais être conservés en clair dans le téléphone, les applications financières devraient bénéficier d’un verrouillage distinct et l’authentification biométrique ou renforcée devrait être activée lorsqu’elle est disponible. Ces précautions ne remplacent cependant pas les obligations de sécurité des institutions financières.
Mais au-delà de la prévention individuelle, une enquête technique devient nécessaire si les cas se multiplient. Banques, opérateurs télécoms, Banque centrale, services de sécurité et spécialistes de la cybercriminalité devraient pouvoir déterminer le parcours des fonds, identifier les numéros ou comptes bénéficiaires et établir les méthodes utilisées. Les transactions électroniques laissent généralement des traces : leur exploitation pourrait permettre de distinguer les simples négligences individuelles d’éventuelles méthodes criminelles organisées et, surtout, d’identifier les failles à corriger.
La numérisation des services financiers constitue un progrès considérable pour la RDC, mais la confiance du public dépend directement de leur sécurité. Un téléphone volé ne devrait jamais devenir automatiquement la clé du compte bancaire de son propriétaire. À Kinshasa, les témoignages rapportés constituent donc un signal d’alerte qui mérite d’être documenté plutôt que dramatisé : établir les faits, comprendre les mécanismes utilisés et renforcer les protections avant que le phénomène ne fasse davantage de victimes. Car derrière chaque compte vidé, ce ne sont pas seulement des chiffres qui disparaissent, mais parfois plusieurs mois ou plusieurs années d’économies d’une famille.
Zéphyr Kaninda Mukanya

