RDC — Assemblée nationale. La tension monte entre les assistants parlementaires et le Bureau de l’Assemblée nationale. Réunis ce jeudi 27 août 2026 autour d’une déclaration destinée à être rendue publique au Palais du peuple, les assistants parlementaires affirment avoir été empêchés de tenir leur activité dans l’enceinte de l’institution par les services de sécurité et la police commis à la garde du siège du Parlement. Contraints de s’exprimer en dehors du cadre initialement prévu, ils dénoncent une situation devenue, selon eux, symptomatique de la précarité administrative et du manque de sécurité juridique qui entourent leur statut.
Au cœur de leur colère figure notamment la question de la continuité de l’État et des actes administratifs. Le collectif rappelle qu’une décision portant nomination des assistants parlementaires avait été signée le 22 septembre 2025 par Vital Kamerhe, alors président de l’Assemblée nationale. Mais depuis l’arrivée d’Aimé Boji Sangara à la tête de la Chambre basse, les intéressés affirment que cette décision n’a toujours pas été notifiée et que leur situation administrative demeure non régularisée. Une absence de continuité qu’ils considèrent lourde de conséquences : sans notification effective, plusieurs assistants disent rester dans une zone d’incertitude alors qu’ils continuent à exercer auprès des députés nationaux et au fonctionnement de l’institution.
Dans leur déclaration, les assistants parlementaires dressent ainsi une liste de huit revendications. Ils réclament notamment le paiement immédiat des primes de juillet et août ainsi que du reliquat de 50 % de la prime de la session extraordinaire ; la notification de la décision n°035 du 22 septembre portant leur nomination ; l’octroi des cartes de service ; ainsi que le respect des articles 69, 115 et 118 du Règlement intérieur de l’Assemblée nationale concernant les avantages qui leur sont reconnus. Ils demandent également la levée de la mesure leur interdisant l’accès à la salle des séances plénières et dénoncent leur orientation systématique vers les balcons alors qu’ils sont appelés à accompagner les députés dans l’exercice de leurs fonctions.


Les revendications touchent aussi directement à leurs conditions sociales. Le collectif demande la bancarisation de la prime des assistants parlementaires, en remplacement du système dit « Maboko Banque », le paiement des frais de rentrée scolaire liés à leur statut et à leurs responsabilités familiales, ainsi que l’application du barème d’augmentation de leur prime conformément à une décision qu’ils attribuent également à l’ancien président Vital Kamerhe, datée du 17 septembre 2025. Pour les signataires, ces difficultés successives révèlent surtout une faiblesse structurelle : à chaque changement intervenant à la tête de l’Assemblée nationale, les assistants parlementaires se retrouvent exposés à une remise en question de décisions pourtant prises au nom de l’institution.
C’est précisément sur ce terrain que leur démarche prend une dimension institutionnelle. Les assistants parlementaires soutiennent qu’ils ne devraient être considérés « ni comme des privilégiés ni comme des personnes étrangères au fonctionnement de l’Assemblée nationale », mais comme des collaborateurs des représentants du peuple participant au travail parlementaire. Dès lors, la controverse dépasse la seule question du paiement des primes : elle pose celle de la sécurisation juridique de leur statut et de la continuité administrative entre deux Bureaux successifs. L’empêchement de leur déclaration au Palais du peuple, tel que rapporté par le collectif, vient renforcer leur sentiment de marginalisation au sein même de l’institution dans laquelle ils exercent leurs fonctions.
Dans un dernier appel adressé directement au président de l’Assemblée nationale, Aimé Boji Sangara, le collectif demande une intervention rapide afin de mettre fin à cette situation et réaffirme privilégier « le dialogue et la recherche de solutions pacifiques ». Mais le ton se veut également ferme : les assistants préviennent qu’ils ne peuvent continuer à accepter ce qu’ils considèrent comme une atteinte à leur dignité, à leurs droits et à leurs conditions de travail. Signée à Kinshasa par Azor Nkolobise Ingila, rapporteur de la Corporation des assistants parlementaires, la déclaration place désormais le Bureau de l’Assemblée nationale face à une question de fond : celle de savoir si les actes administratifs pris sous une présidence peuvent effectivement continuer à produire leurs effets après un changement à la tête de l’institution, et surtout comment garantir durablement aux assistants parlementaires une sécurité administrative qui ne dépende plus des changements de Bureau.
Par la rédaction

