Kinshasa — La cérémonie prévue ce jeudi 27 août 2026 prend les allures d’un hommage à une certaine conception du service de l’État. Le président Félix-Antoine Tshisekedi doit décorer le lieutenant-général Jean-Pierre Kasongo Kabwik, commandant du Service national, en reconnaissance d’« éminents services rendus à la Nation et à l’humanité ». Une distinction qui intervient alors que l’officier est devenu l’un des visages les plus visibles de la politique d’encadrement, de discipline et de mobilisation de la jeunesse portée sous la présidence Tshisekedi.
Dans le protocole républicain, une décoration ne récompense pas seulement un grade ou une carrière : elle peut aussi consacrer une action que l’État entend ériger en modèle. Chez Kasongo Kabwik, cette action s’incarne notamment dans l’expérience de Kaniama-Kasese, où le Service national a développé un dispositif associant encadrement, formation professionnelle, agriculture et travaux d’intérêt collectif. L’un des aspects les plus médiatisés reste la prise en charge de jeunes délinquants communément appelés « kuluna », avec l’ambition affichée de les transformer en citoyens productifs. Une approche qui n’a pas échappé aux controverses et aux critiques sur les conditions et méthodes d’encadrement, mais que le général défend autour d’un triptyque : discipline, travail et réinsertion.

Cette philosophie dépasse désormais les centres du Service national. En confiant en mai dernier à Kasongo Kabwik la coordination d’une Task Force chargée de l’assainissement de Kinshasa, placée sous l’autorité de la présidence, Félix Tshisekedi a choisi de transposer cette culture du résultat au cœur d’une mégapole confrontée à l’insalubrité, aux occupations anarchiques des espaces publics et à l’incivisme. Le défi change ainsi radicalement d’échelle : après l’encadrement de groupes organisés dans les centres du Service national, il faut désormais agir sur une ville de plusieurs millions d’habitants, avec ses administrations, ses communes et ses habitudes profondément enracinées.
Depuis son déploiement dans la capitale, Kasongo Kabwik veut précisément faire de la discipline l’un des leviers du retour de « Kin-la-Belle ». En août, il annonçait notamment des unités de surveillance et d’intervention opérationnelles 24 heures sur 24, tout en mettant en garde les éléments placés sous son commandement contre les tracasseries envers la population. Cette exigence est déterminante pour la crédibilité de l’opération : restaurer l’autorité dans l’espace public ne peut signifier substituer l’arbitraire à l’incivisme. La coordination engagée avec les structures chargées de l’assainissement devra surtout permettre de transformer les opérations ponctuelles en résultats durables.

C’est aussi ce qui donne à la décoration présidentielle une portée particulière. Kasongo Kabwik est honoré au moment même où les attentes à son égard deviennent plus importantes. La distinction apparaît à la fois comme la reconnaissance d’un parcours et comme une marque de confiance renouvelée. Au-delà de sa personne, le choix présidentiel adresse également un message aux Forces de défense et de sécurité : servir la République ne se limite pas aux théâtres d’opérations militaires. Former, produire, construire, encadrer la jeunesse et participer à la restauration de l’ordre collectif peuvent également relever du service national lorsque ces missions sont exercées dans le respect des lois et des citoyens.

La décoration de ce jeudi ne constitue donc pas l’aboutissement du parcours de Jean-Pierre Kasongo Kabwik. Elle intervient plutôt au commencement d’un nouveau test, autrement plus exposé : démontrer que la méthode appliquée au Service national peut produire des résultats durables dans la gouvernance d’une capitale aussi complexe que Kinshasa. Pour Félix Tshisekedi, honorer le général revient à consacrer une certaine idée du mérite fondée sur le service, la discipline et le résultat. Pour Kasongo Kabwik, les défis restent immenses : poursuivre la transformation des jeunes encadrés par le Service national en acteurs productifs et contribuer à rendre Kinshasa plus propre et plus ordonnée. Dans une République en quête d’efficacité et d’autorité publique, le message porté par cette distinction tient finalement en une formule : le drapeau ne se proclame pas seulement, il se sert.
Par Guy Roger Tshitenge

