KINSHASA — Une déclaration attribuée au sénateur Alphonse Ngoy Kasanji pourrait relancer la controverse autour du processus ayant conduit Véron Mosengo à la présidence de la Fédération congolaise de football association (FECOFA). Ancien gouverneur du Kasaï-Oriental et candidat déclaré à cette élection, Ngoy Kasanji affirme avoir renoncé à poursuivre la course après avoir été informé qu’une « option politique » avait déjà été arrêtée en faveur d’une autre orientation. Une affirmation sensible dans un domaine où l’autonomie des fédérations vis-à-vis des pouvoirs publics constitue un principe fondamental.
Dans l’entretien qui lui est attribué, le sénateur affirme avoir directement abordé la question avec le ministre des Sports. « J’avais constaté que, sur le plan politique, une option avait déjà été levée et qu’il m’était difficile d’aller à l’encontre de cette décision. J’avais échangé avec le ministre des Sports à ce sujet, et il m’avait clairement indiqué que le choix politique était déjà fait », explique-t-il, justifiant ainsi son retrait. Si ces propos sont authentifiés et replacés dans leur contexte intégral, ils donnent une autre lecture à une séquence électorale marquée par le retrait progressif de plusieurs prétendants avant l’élection de Véron Mosengo comme candidat unique.
La déclaration ne constitue cependant pas, à elle seule, la preuve d’une intervention politique ayant déterminé l’issue du scrutin. Elle soulève en revanche des questions qui appellent des réponses précises : quelle était cette « option politique » évoquée par Ngoy Kasanji ? Qui l’aurait arrêtée ? Et concernait-elle directement la présidence de la FECOFA ? Sur ces points, les explications du ministère des Sports, des responsables du processus électoral et éventuellement de la FECOFA apparaissent nécessaires pour distinguer une orientation politique informelle d’une éventuelle ingérence dans le fonctionnement d’une fédération sportive.
L’affaire prend davantage de relief lorsqu’elle est replacée dans les controverses ayant précédé le scrutin. Les conditions d’éligibilité de Véron Mosengo ainsi que l’évolution du cadre statutaire de la FECOFA avaient déjà alimenté le débat. Ses détracteurs estimaient que les changements intervenus avant l’élection avaient créé un environnement favorable à sa candidature. Sa qualité de secrétaire général de la CAF au moment de son engagement dans la course avait également nourri les interrogations sur la perception d’indépendance d’un processus placé sous l’attention des instances continentale et internationale du football.
Il serait néanmoins excessif d’additionner ces éléments pour conclure, sans preuves supplémentaires, à l’existence d’un plan concerté ayant imposé Véron Mosengo. En revanche, la sortie de Ngoy Kasanji déplace le débat : les désistements successifs ne peuvent plus être examinés uniquement comme une succession de décisions individuelles dès lors qu’un ancien candidat affirme publiquement avoir tenu compte d’un choix politique préalable. C’est précisément cette affirmation qui mérite désormais d’être confrontée aux versions des autres protagonistes.
Au-delà de Véron Mosengo et de Ngoy Kasanji, c’est finalement la crédibilité du processus électoral de la FECOFA et l’autonomie du mouvement sportif congolais qui se retrouvent questionnées. Si l’existence d’une intervention politique destinée à orienter le choix des dirigeants de la Fédération venait à être établie, la controverse changerait alors de dimension. Pour l’heure, Ngoy Kasanji apporte un témoignage et soulève un soupçon sérieux, mais pas encore une preuve définitive. La balle est désormais dans le camp du ministère des Sports, de la FECOFA et des instances concernées pour apporter les éclaircissements susceptibles de lever — ou de renforcer — les interrogations.
Zéphyr KANINDA MUKANYA

