GOMA — La rentrée scolaire ravive le débat sur l’accès à l’éducation dans les territoires du Nord-Kivu sous contrôle de l’AFC/M23. Dans une tribune publiée le 3 septembre 2026, l’activiste prodémocratie et défenseur des droits humains Patient Komayombi Manase dénonce l’imposition de plusieurs frais aux familles et parle d’une véritable « fiscalité prédatrice ». Selon lui, après les différentes taxes dénoncées dans ces zones, la pression financière toucherait désormais directement l’école et menacerait davantage l’accès des enfants à l’enseignement.
L’activiste affirme que des contributions présentées notamment comme « frais d’appui au social » ou « frais de fonctionnement » seraient exigées dans certains établissements. Les montants qu’il avance oscilleraient entre 5 000 et 45 000 francs congolais au niveau primaire et pourraient atteindre 240 000 francs au secondaire. Ces chiffres et l’étendue exacte de leur application restent toutefois à documenter indépendamment. Pour Komayombi, leur seule existence dans les zones concernées constituerait déjà une lourde charge pour des ménages fragilisés par les déplacements, la perte de leurs biens et la désorganisation de l’économie provoquée par le conflit.
Son argumentaire s’appuie notamment sur l’article 43 de la Constitution congolaise, qui consacre le droit à l’éducation et dispose que l’enseignement primaire est obligatoire et gratuit dans les établissements publics. Patient Komayombi rappelle également les mesures prises ces dernières années par l’État congolais pour rendre cette disposition effective, notamment à travers la prise en charge des enseignants par le Trésor public. À ses yeux, imposer de nouvelles contributions aux parents dans les territoires contrôlés par l’AFC/M23 revient donc à remettre en cause un acquis social particulièrement important pour les familles les plus modestes.

Au-delà des montants contestés, la tribune pose surtout la question du statut des services sociaux essentiels dans un territoire contrôlé par une administration de fait. L’auteur estime que l’école ne peut devenir une source de financement supplémentaire au détriment de populations déjà éprouvées par la guerre. Le risque, selon lui, est également éducatif : plus les charges imposées aux familles augmentent, plus certains parents pourraient être contraints de retirer leurs enfants de l’école ou de différer leur scolarisation.
Patient Komayombi interpelle dès lors la communauté internationale ainsi que les organisations engagées dans la protection de l’enfance et des droits humains. Il leur demande d’accorder une attention particulière aux conditions d’accès à l’éducation dans les zones sous contrôle de groupes armés. Il conteste parallèlement la légitimité de l’administration parallèle installée dans les territoires concernés et soutient que ses décisions ne sauraient se substituer durablement à celles des institutions constitutionnelles de la République.
Cette dénonciation met finalement en lumière une dimension moins visible du conflit : la bataille pour la préservation des droits sociaux fondamentaux. Au-delà des affrontements militaires et des négociations politiques, la guerre se mesure aussi à ses conséquences sur la capacité d’un enfant à aller à l’école. Pour Patient Komayombi, la solution durable demeure la restauration de l’autorité de l’État dans les territoires concernés afin de garantir la gratuité de l’enseignement primaire, les droits humains et la protection des populations. En attendant, ses accusations appellent aussi à une vérification indépendante des frais effectivement exigés et de leur impact sur la fréquentation scolaire au Nord-Kivu.
Par Kanoba Obadias

