BUTEMBO — Le nouveau procureur de la République près le Tribunal de grande instance de Butembo, Nassor Zahera, veut placer son mandat sous le signe de l’équité, du respect des droits des justiciables et d’une plus grande ouverture envers la société civile. Lors de sa prestation de serment, mardi 1er septembre 2026 à Butembo, le magistrat a notamment appelé les mouvements citoyens et les organisations de la société civile à dénoncer les abus susceptibles de compromettre le bon fonctionnement de la justice.
Dans son discours, Nassor Zahera a défendu une justice accessible à tous et respectueuse des droits des citoyens. En invitant la société civile à exercer pleinement son rôle de veille, le nouveau responsable du parquet envoie également un signal sur la place qu’il souhaite accorder au contrôle citoyen. Mais cet appel crée aussi une attente : celle de voir les dénonciations effectivement examinées avec impartialité et les personnes qui signalent d’éventuels abus protégées et entendues conformément à la loi.
Cette prise de fonction intervient dans un contexte particulier. Nassor Zahera succède à Alain Ngoy Milambwe, dont la gestion avait suscité des critiques et des plaintes de la part de certains acteurs locaux. Parmi les griefs rapportés figuraient notamment des arrestations présentées comme arbitraires ainsi que des accusations de concussion. Ces allégations doivent néanmoins être présentées avec prudence : en l’absence d’une décision judiciaire définitive les établissant, elles ne peuvent être considérées comme des faits avérés.
Le changement à la tête du parquet place ainsi le nouveau procureur devant un premier défi majeur : restaurer la confiance des justiciables. À Butembo, la rupture annoncée ne pourra être appréciée uniquement à travers les discours, mais à l’aune du traitement des plaintes, du respect des procédures, de la lutte contre les éventuelles pratiques abusives et de l’égalité des citoyens devant la justice. Ses premières décisions seront, à cet égard, particulièrement observées.
Les mouvements citoyens et la société civile auront également leur rôle à jouer en documentant rigoureusement les éventuels dysfonctionnements et en saisissant les institutions compétentes. Mais la responsabilité première demeure celle de l’institution judiciaire elle-même. Le respect des droits fondamentaux ne peut dépendre de la seule capacité des citoyens à dénoncer les abus : il appartient au parquet de garantir la légalité des procédures et de veiller à ce que l’autorité judiciaire ne devienne jamais un instrument d’arbitraire.
Pour Nassor Zahera, l’état de grâce pourrait donc être de courte durée. Son discours d’installation suscite l’espoir d’une nouvelle orientation, mais c’est désormais sur les actes que son mandat sera évalué. À Butembo, après les controverses ayant entouré le fonctionnement du parquet, la population attend moins une déclaration de rupture que les preuves concrètes de cette rupture. C’est à cette condition que la confiance entre la justice et les citoyens pourra progressivement être reconstruite.
Par Kanoba Obadias

