NEW YORK — La République démocratique du Congo demande aux Nations unies de suspendre toute nouvelle participation, tout nouveau déploiement et toute rotation de contingents rwandais dans les opérations de maintien de la paix. Devant le Conseil de sécurité, mardi 29 septembre à New York, l’ambassadeur Zénon Mukongo Ngay a demandé que cette mesure reste en vigueur jusqu’au retrait vérifié des forces rwandaises du territoire congolais.
Pour défendre sa position, Kinshasa invoque notamment la résolution 2773 du Conseil de sécurité, qui exige que les Forces de défense rwandaises cessent leur soutien au M23 et se retirent du territoire de la RDC. Le représentant congolais estime qu’autoriser de nouveaux déploiements de contingents rwandais sous le drapeau des Nations unies serait incompatible avec la situation actuelle. Il présente cette demande comme une question de cohérence et de crédibilité du système de maintien de la paix.

La RDC a parallèlement mis en avant les mesures qu’elle dit avoir prises contre les FDLR. Devant le Conseil, Zénon Mukongo Ngay a notamment évoqué le processus de désarmement volontaire, de cantonnement et de rapatriement, ainsi que les engagements pris par d’autres groupes issus de cette mouvance. Kinshasa affirme également préparer une nouvelle opération de neutralisation des FDLR et sollicite l’accompagnement de la MONUSCO et du Conseil de sécurité pour que le processus puisse être suivi et vérifié. La MONUSCO avait déjà indiqué accompagner les efforts de désarmement et de rapatriement engagés dans le cadre du processus de Washington.
Cette séquence traduit la bataille diplomatique qui accompagne désormais la mise en œuvre des accords de paix. Kinshasa soutient qu’elle assume sa part des engagements concernant les FDLR et réclame, en contrepartie, l’application des obligations imposées au Rwanda concernant le M23 et le retrait de ses forces. Kigali présente une lecture différente : son représentant à l’ONU, Martin Ngoga, a réaffirmé l’engagement du Rwanda dans les processus diplomatiques tout en insistant sur la neutralisation des FDLR, la mise en œuvre effective des accords et la nécessité de mécanismes de vérification.

La démarche congolaise ne signifie cependant pas que les Casques bleus rwandais sont actuellement suspendus des opérations de paix de l’ONU. Il s’agit d’une demande adressée aux Nations unies portant sur les nouvelles participations, les nouveaux déploiements et les rotations. Une décision effective relève des mécanismes compétents de l’Organisation. Cette distinction est essentielle : Kinshasa cherche pour l’instant à obtenir une mesure internationale conditionnée à un retrait vérifié des forces rwandaises de son territoire.
En portant ce dossier devant le Conseil de sécurité, la RDC tente ainsi de relier la situation militaire dans l’Est, l’exécution de la résolution 2773 et la participation du Rwanda aux opérations de paix de l’ONU. Le débat se déplace désormais vers la vérification des engagements de chaque partie : désarmement et neutralisation des FDLR côté congolais, cessation du soutien au M23 et retrait des forces rwandaises exigés par le Conseil de sécurité. C’est sur l’application vérifiable de ces engagements que se jouera désormais une partie du bras de fer diplomatique entre Kinshasa et Kigali à New York.
Par Thierry Bwongo

