En Ituri, le village de Bafwakoa, situé sur l’axe stratégique Mambasa–Kisangani, a été frappé par une nouvelle attaque d’une rare brutalité attribuée aux rebelles ADF. L’assaut, survenu dans la soirée du 1er au 2 avril, a causé un lourd bilan humain encore provisoire, avec au moins une dizaine de morts confirmés, tandis que d’autres sources locales évoquent un bilan plus lourd à mesure que les recherches se poursuivent.
Selon les témoignages recueillis sur place, plus de 60 % des habitations ont été incendiées. Des motos, des véhicules et plusieurs biens de subsistance ont également été réduits en cendres. Certaines victimes auraient été tuées à la machette, d’autres par balles ou piégées dans les flammes, illustrant la violence extrême de cette incursion.
Au-delà du choc sécuritaire, c’est une catastrophe humaine qui se dessine. Pris de panique, de nombreux habitants ont fui vers Niania et d’autres agglomérations plus sécurisées, laissant derrière eux maisons, récoltes et moyens de survie. Cette attaque intervient dans une zone déjà fragilisée par la fermeture de plusieurs structures sanitaires et par des déplacements massifs enregistrés ces dernières semaines.

La colère monte au sein de la population, qui dénonce l’insuffisance des dispositifs de protection sur cet axe vital pour les échanges entre l’Ituri et la Tshopo. Pour beaucoup, chaque nouvelle attaque sur la RN4 accentue l’isolement des communautés, renchérit les produits de première nécessité et aggrave la vulnérabilité des familles rurales, déjà éprouvées par des années de violences.
Ce drame rappelle une fois de plus que la crise de l’Est n’est pas seulement militaire : elle détruit le tissu social, désorganise les circuits économiques et plonge des milliers de Congolais dans une précarité durable. La sécurisation des villages et des routes de desserte apparaît désormais comme une urgence humanitaire autant que stratégique.
À Bafwakoa, au-delà des maisons brûlées, c’est encore une communauté entière qui tente de se relever dans les cendres, avec l’espoir que cette tragédie serve enfin de déclic pour une réponse plus robuste en faveur des civils de l’Ituri.
Par Jason Mbo Ito’o

