À Nkamba, haut lieu spirituel de l’Église kimbanguiste considéré par les fidèles comme la « Nouvelle Jérusalem », l’annonce faite par le président Félix Tshisekedi marque un tournant à la fois symbolique, politique et identitaire. En marge de la commémoration du 105ᵉ anniversaire du ministère prophétique de Simon Kimbangu, le chef de l’État a officiellement décidé de conférer à cette cité du Kongo Central un statut spécial de “Ville Sainte”, consacrant davantage son rôle dans la mémoire nationale et la conscience africaine.
Le recadrage factuel impose toutefois une précision importante : il ne s’agit pas, à ce stade, d’une ville au sens administratif classique d’une entité territoriale décentralisée (ETD) avec communes, maire et personnalité juridique de plein exercice, comme pourrait le laisser croire une lecture rapide. Les annonces officielles parlent explicitement d’un “statut spécial” et du rang de Ville Sainte, une formule davantage politique, symbolique et juridique sui generis, dont les contours institutionnels devront être précisés par les textes d’application à venir.

Cette décision s’inscrit néanmoins dans une logique de reconnaissance de la place historique du kimbanguisme dans la trajectoire congolaise. La date du 6 avril, désormais dédiée au combat de Simon Kimbangu et à la conscience africaine, dépasse le seul cadre religieux : elle renvoie à la lutte contre l’ordre colonial, à l’affirmation d’une spiritualité africaine autonome et à la construction d’une mémoire collective profondément enracinée dans l’histoire de la RDC. En renforçant le statut de Nkamba, le pouvoir entend aussi valoriser un patrimoine religieux qui attire chaque année des milliers de pèlerins venus du Congo et de la diaspora.
Pour les populations du Kongo Central et pour l’ensemble du pays, l’enjeu réel sera celui de la traduction concrète de ce symbole en développement local. Routes de desserte, accès à l’eau potable, électrification, structures sanitaires, modernisation de l’aérodrome et capacités d’accueil des pèlerins constituent les attentes majeures autour de cette décision. La portée historique de l’annonce ne prendra tout son sens que si ce nouveau statut favorise le désenclavement de Nkamba et transforme son rayonnement spirituel en opportunité économique et sociale durable pour les habitants.
Par Jason Mbo Itoo

