À Kibumba, dans le territoire de Nyiragongo, la communication orchestrée ce samedi 4 avril autour de « l’inauguration » de l’adduction d’eau potable par le M23 appelle un recadrage factuel. Les vérifications disponibles montrent que ce chantier ne relève nullement d’une initiative née sous l’administration rebelle, mais de l’aboutissement d’un programme régional engagé plusieurs années avant la résurgence de cette nouvelle phase du conflit. Dès 2021, le projet Kamira-Kibumba était déjà officiellement présenté à Goma par Water for Virunga, avec un objectif clair : desservir 16 villages de Kibumba et Buhumba au profit de plus de 37 800 habitants.
Les faits établis replacent ce dossier dans son véritable cadre : il s’agit d’un projet transfrontalier structuré autour de la gestion de l’eau dans l’espace des Virunga entre la RDC, le Rwanda et l’Ouganda, conçu pour réduire les tensions communautaires liées à l’accès à cette ressource rare. Ce programme, évalué à 15,6 millions d’euros, est porté par un consortium dirigé par MDF, avec l’appui de partenaires techniques internationaux et sous financement de l’ambassade des Pays-Bas à Kigali. La documentation officielle confirme que l’alimentation en eau de Kibumba figurait parmi les priorités du volet congolais dès le lancement du programme en 2016-2017.

Dans ce contexte, la tentative d’appropriation politique observée ce week-end s’inscrit davantage dans une bataille de narration autour d’un bien public essentiel que dans la révélation d’un exploit inédit. Dans l’Est de la RDC, où les populations vivent entre déplacements forcés, insécurité chronique et effondrement des services sociaux, l’accès à l’eau devient naturellement un puissant symbole politique. Toute force contrôlant temporairement un territoire cherche à capitaliser sur les infrastructures visibles pour se présenter comme pourvoyeuse de stabilité, même lorsque les travaux sont hérités de programmes antérieurs financés par des partenaires internationaux.
Pour les habitants de Kibumba, l’enjeu central n’est donc pas la mise en scène médiatique d’une cérémonie, mais la préservation d’un investissement conçu pour répondre à une urgence vitale : sécuriser l’eau potable dans une zone historiquement vulnérable aux conflits et aux déplacements. Le véritable intérêt des populations congolaises est que cette infrastructure reste protégée, neutre et accessible à tous, sans récupération militaire ou propagandiste. Dans une région où la guerre brouille souvent la frontière entre action humanitaire, développement et communication politique, le devoir de la presse reste de rappeler l’historique complet des projets afin de protéger le droit du public à une information juste.
Par la rédaction

