L’élection du gouverneur du Sankuru, désormais consommée, aura agi comme un révélateur brutal des tensions au sein de l’Union sacrée de la Nation (USN). Le candidat investi par la plateforme l’a emporté, en contradiction directe avec celui soutenu par l’UDPS, pourtant colonne vertébrale de la majorité présidentielle. Une issue qui, loin de refermer les divergences, les a amplifiées, exposant au grand jour une rivalité sur la conduite politique du camp au pouvoir.
La fracture était pourtant déjà perceptible en amont du scrutin. En décidant de maintenir son propre candidat face à celui de la plateforme, l’UDPS a rompu avec la logique de consensus censée gouverner l’USN. Ce choix a ouvert une séquence de crispations internes, chaque camp revendiquant sa légitimité à orienter les décisions stratégiques. « Le Sankuru vient de vous prouver que vous étiez dans l’hérésie », lancera plus tard André Mbata Mangu, revendiquant la pertinence de la ligne défendue par la plateforme.

La tension a franchi un cap avec la diffusion d’une vidéo virale dans laquelle le Secrétaire permanent de l’USN s’en prend frontalement à Augustin Kabuya Tshilumba. L’accusant d’avoir été « du mauvais côté de l’histoire », André Mbata assume une lecture verticale du pouvoir de décision et rappelle ses prérogatives : « Je suis un serviteur et ma plus haute autorité est la Haute Autorité politique », martèle-t-il, tout en affirmant n’avoir « de compte à rendre à [son] parti ».
Face à cette charge, la riposte s’est organisée autour du président a.i de l’UDPS, avec en première ligne Peter Kazadi Kankonde. Dans un ton tout aussi incisif, il dénonce une dérive institutionnelle et un usage abusif de l’autorité : « La science ne se proclame pas, elle se démontre », assène-t-il, avant d’élargir le débat au terrain politique. « En démocratie, nul ne peut se prévaloir d’une légitimité politique tout en s’affranchissant de toute redevabilité partisane », insiste-t-il, contestant frontalement l’autonomie revendiquée par le Secrétariat permanent de l’USN.

Au fil des échanges, le différend personnel laisse place à une bataille plus structurante : celle du leadership entre parti et plateforme. D’un côté, André Mbata défend une USN autonome dans ses choix stratégiques ; de l’autre, le camp Kabuya, soutenu par Peter Kazadi, rappelle que la légitimité politique procède d’abord du parti majoritaire. « Pourquoi avoir contourné l’UDPS dans un processus où il devait être au cœur de la désignation ? », interroge Kazadi, pointant une incohérence institutionnelle.

Au-delà du Sankuru, cette crise révèle une ligne de fracture durable au sein de la majorité présidentielle. Entre André Mbata Mangu et Augustin Kabuya Tshilumba, avec Peter Kazadi Kankonde en soutien actif de ce dernier, c’est l’équilibre même du pouvoir qui est en jeu. Et derrière les formules cinglantes – « persévérer dans l’erreur est diabolique » d’un côté, « l’autorité ne se décrète pas » de l’autre – se dessine une interrogation majeure : qui, du parti ou de la plateforme, fixe réellement la ligne au sommet de l’État ?
Par Thierry Bwongo

