Washington, 7 avril 2026 — La classe politique américaine traverse un nouveau moment de très haute tension après une série de déclarations de Donald Trump sur l’Iran, jugées alarmantes jusque dans certains cercles conservateurs. En quelques jours, les menaces publiques du président américain contre Téhéran ont ravivé à Washington un débat constitutionnel majeur : celui du 25ᵉ amendement, la procédure qui permet au vice-président et à une majorité du cabinet de constater l’incapacité du chef de l’État à exercer ses fonctions.
Le point de bascule a été atteint après un message publié mardi matin, dans lequel Donald Trump a affirmé qu’« une civilisation entière va mourir ce soir » si l’Iran ne respectait pas l’ultimatum fixé autour du détroit d’Ormuz. Cette sortie a immédiatement provoqué une onde de choc au Capitole, d’autant qu’elle faisait suite à d’autres messages déjà très agressifs, mêlant insultes, menaces de destruction d’infrastructures civiles et injonctions directes à Téhéran.
Face à cette escalade, plusieurs élus démocrates ont publiquement appelé à l’activation du Section 4 du 25ᵉ amendement, estimant que les propos du président soulèvent des interrogations sérieuses sur sa capacité à conduire la première puissance mondiale dans une séquence de quasi-guerre au Moyen-Orient. Fait plus notable, certains anciens alliés du trumpisme, y compris dans la droite radicale, ont eux aussi relayé l’idée d’un recours à ce mécanisme exceptionnel, signe d’un malaise politique qui dépasse désormais le seul clivage partisan.
Sur le plan institutionnel, la procédure reste cependant extrêmement difficile à mettre en œuvre. Le 25ᵉ amendement, adopté en 1967, prévoit que le vice-président et une majorité des membres du cabinet transmettent une déclaration écrite au Congrès affirmant que le président est « incapable d’exercer les pouvoirs et devoirs de sa charge ». Le Congrès doit alors se réunir dans les 48 heures, et une majorité des deux tiers dans les deux chambres est nécessaire pour confirmer la destitution fonctionnelle du président. À ce jour, cette disposition n’a jamais été utilisée contre la volonté d’un président en exercice.
Au-delà du débat juridique, ce sont surtout les contradictions répétées de la communication présidentielle sur l’Iran qui alimentent l’inquiétude : menaces de frappes massives suivies d’ouvertures diplomatiques, ultimatums mouvants, références simultanées à un changement de régime puis à une désescalade possible. Cette volatilité du discours nourrit la crainte d’une imprévisibilité stratégique au moment où le détroit d’Ormuz reste l’un des points les plus sensibles de l’économie énergétique mondiale.
Au fond, le retour du 25ᵉ amendement dans le débat public traduit moins une probabilité immédiate de destitution qu’un signal politique puissant : une partie croissante de Washington s’interroge désormais ouvertement sur la stabilité du commandement américain au cœur d’une crise internationale majeure. Dans une capitale déjà polarisée, cette question pourrait rapidement devenir l’un des axes centraux du bras de fer entre la Maison-Blanche, le Congrès et les alliés des États-Unis.
Par la Rédaction

