Le géant brassicole néerlandais Heineken a officialisé son retrait capitalistique de la République démocratique du Congo, mettant fin à près de quatre décennies de contrôle direct de Bralima. Le groupe a annoncé, vendredi 10 avril, la cession de sa participation à ELNA Holdings, une société basée à Maurice, qui reprend désormais l’ensemble des opérations industrielles, logistiques et sociales de la brasserie congolaise.
Présent en RDC depuis plusieurs décennies et actionnaire majoritaire de Bralima depuis 1987, Heineken inscrit cette décision dans sa stratégie mondiale de gestion active du portefeuille et d’allègement de son empreinte industrielle dans certains marchés. Malgré ce retrait, le groupe néerlandais conservera une présence commerciale indirecte grâce à des accords de licence à long terme, qui permettront la poursuite du brassage, du marketing et de la distribution de ses marques phares, notamment Heineken, Primus, Turbo King, Legend et Mützig.
La transaction intervient dans un contexte particulièrement sensible pour les activités industrielles dans l’Est de la RDC. Depuis juin 2025, le groupe avait perdu le contrôle opérationnel de plusieurs installations situées à Bukavu et Goma, à la suite de la dégradation sécuritaire et de l’occupation de certaines zones par les rebelles de l’AFC-M23. Cette détérioration avait fortement perturbé la chaîne de production et de distribution, accentuant les risques liés au maintien des opérations dans la région.
Sous la nouvelle gouvernance d’ELNA Holdings, Bralima poursuivra ses activités à partir de ses trois principales brasseries de Kinshasa, Kisangani et Lubumbashi, avec le maintien annoncé d’environ 731 emplois directs. Pour les milieux économiques, cette continuité vise à rassurer sur la préservation de l’outil industriel et la disponibilité des marques sur le marché congolais.
Au-delà de la dimension entrepreneuriale, ce retrait relance les interrogations sur la résilience du climat des affaires en RDC. Dans un pays où l’instabilité sécuritaire continue d’influencer les choix des investisseurs étrangers, le désengagement d’un acteur mondial comme Heineken pourrait être lu comme le symptôme d’un environnement économique encore vulnérable, particulièrement dans les zones affectées par les conflits armés.
Par Kanoba Obadias

