KINSHASA — À l’approche de la rentrée scolaire de septembre 2026, l’ancien ministre de la Santé et député national Dr Jean-Jacques Mbungani appelle les autorités à anticiper le risque que pourrait représenter la circulation d’Ebola pour les établissements scolaires. Dans une note stratégique consacrée à la prévention, il défend une approche graduée : ne pas fermer indistinctement les écoles, mais adapter les mesures au niveau de risque de chaque zone, avec un protocole renforcé dans les foyers affectés et une surveillance accrue dans les grandes villes exposées aux mouvements de population.
Pour les provinces qu’il présente comme affectées — Ituri, Nord-Kivu, Sud-Kivu, Tshopo, Haut-Uélé et Bas-Uélé — l’ancien ministre recommande notamment d’envisager un report ciblé de deux semaines dans les zones de santé connaissant une flambée active, afin de permettre le suivi des contacts. Il préconise également un équipement minimal des établissements, comprenant dispositifs de prise de température, eau, savon et outils de sensibilisation, ainsi que la formation d’au moins un enseignant et un parent par école aux mécanismes d’alerte. L’objectif affiché est ambitieux : empêcher qu’un cas suspect introduit dans une communauté scolaire ne déclenche une chaîne de transmission.

Dans les écoles concernées, Jean-Jacques Mbungani propose un dispositif reposant sur le triage à l’entrée, l’hygiène des mains et l’isolement rapide des cas suspects. Il recommande également d’éviter les contacts physiques inutiles et le partage de bouteilles ou de gobelets. Face à un élève présentant des symptômes compatibles avec une alerte, sa note préconise de l’isoler et d’alerter immédiatement les structures sanitaires compétentes ainsi que ses parents, plutôt que d’engager une prise en charge improvisée au sein de l’établissement. Aux familles, il demande également de ne pas envoyer à l’école un enfant présentant de la fièvre et de renforcer les pratiques d’hygiène à domicile.
Pour les grandes agglomérations considérées comme exposées au risque d’importation, l’ancien ministre insiste davantage sur la surveillance et la prévention. À Kinshasa notamment, il recommande une vigilance accrue aux points d’entrée et le suivi sanitaire des contacts identifiés à risque. Dans les établissements scolaires, sa proposition repose sur l’installation de stations fonctionnelles de lavage des mains, le nettoyage régulier des surfaces fréquemment touchées et des séances courtes mais répétées de sensibilisation. Il insiste surtout sur la nécessité d’expliquer la maladie aux enfants sans créer de psychose : informer sur les comportements protecteurs plutôt que construire la communication autour de la peur.

L’ancien ministre introduit également une dimension sociale souvent déterminante dans la gestion d’une épidémie : la lutte contre la stigmatisation. Il met en garde contre le rejet des élèves provenant des régions touchées et contre la tentation des familles de dissimuler un malade par crainte de l’exclusion. « La transparence est notre meilleure protection », souligne-t-il. Cette approche rappelle qu’une stratégie sanitaire efficace dans les écoles dépend autant de la confiance entre familles, enseignants et services sanitaires que des équipements disponibles.
Jean-Jacques Mbungani appelle finalement les ministères chargés de l’Éducation et de la Santé ainsi que les structures de riposte à élaborer rapidement un protocole national spécifique à la rentrée scolaire en contexte Ebola, simple et traduit notamment en lingala, swahili, tshiluba et kikongo. Son message central tient en une équation : maintenir autant que possible le droit à l’éducation tout en adaptant la réponse sanitaire à la réalité épidémiologique de chaque territoire. « Chaque école protégée = une chaîne de transmission brisée », conclut l’ancien ministre, faisant de la rentrée non seulement un défi éducatif, mais également un enjeu de prévention sanitaire nationale.
Par la Rédaction

