Alors que la gouvernance sanitaire mondiale traverse une phase de fortes turbulences financières et géopolitiques, marquées notamment par la baisse progressive des contributions américaines, la République démocratique du Congo (RDC) fait entendre sa voix à Genève. À l’occasion de la 79ᵉ Assemblée mondiale de la santé organisée par l’OMS, Kinshasa a déployé une délégation parlementaire au profil hautement stratégique. Les députés nationaux Jean-Jacques Mbungani et Mambidi Koloboro, tous deux issus du corps médical, y représentent l’Assemblée nationale et le REPACAV (Réseau des parlementaires engagés dans la promotion de la vaccination et des politiques de santé publique).
Cette démarche marque une volonté claire du pays de ne plus seulement subir les crises, mais de s’affirmer comme un acteur clé de la diplomatie sanitaire internationale. Dans un climat d’incertitude où de nombreuses institutions internationales révisent leurs priorités budgétaires, l’expertise médicale de ces législateurs congolais constitue un atout de taille.
Pour Kinshasa, l’enjeu dépasse largement le cadre protocolaire. Forts de leur double casquette de médecins et de parlementaires, les députés du REPACAV entendent défendre des priorités nationales vitales : le financement durable des campagnes de vaccination, la couverture sanitaire universelle, l’amélioration de la surveillance épidémiologique et l’appui logistique aux provinces meurtries par les conflits. Cette offensive diplomatique coïncide avec la résurgence, dans l’Est de la RDC, d’une nouvelle épidémie d’Ebola liée à la souche Bundibugyo, replaçant l’urgence sécuritaire et sanitaire au centre de l’agenda mondial.
Dans les espaces de travail de cette assemblée, le plaidoyer porté par les honorables Dr Jean-Jacques Mbungani et Mambidi Koloboro se veut le reflet fidèle de la réalité de millions de citoyens congolais confrontés quotidiennement à l’urgence sanitaire, là où la guerre et la maladie progressent de front. Tout en saluant les efforts de l’OMS pour préserver le multilatéralisme, le message de la délégation congolaise rappelle les dures leçons du passé, notamment l’accès tardif de l’Afrique aux vaccins pendant la pandémie de COVID-19. Pour la RDC, la situation actuelle en Ituri, où l’insécurité fait le lit de la propagation du virus Ebola en bloquant l’accès des équipes médicales, démontre l’urgence absolue de ne pas répéter ces erreurs historiques.
Pour répondre à ces défis, les attentes et les exigences de la RDC se structurent autour de trois axes fondamentaux. En premier lieu, Kinshasa plaide pour un « accord pandémie » qui garantit une réelle équité, exigeant que le partage des vaccins et des technologies devienne une obligation juridique contraignante et non une simple faveur. Deuxièmement, la RDC sollicite la création d’un fonds OMS flexible dédié à l’approche « Une Seule Santé », indispensable pour intervenir à la source des maladies émergentes qui naissent dans les forêts et les zones minières.
Enfin, constatant l’inefficacité des innovations médicales si les populations restent inaccessibles, le plaidoyer congolais appelle de ses vœux la sécurisation d’accès humanitaires et la création de corridors protégés pour les agents de santé.
« La RDC ne demande pas la charité. Nous demandons des règles justes, des outils adaptés, et une solidarité qui résiste aux crises. Le multilatéralisme ne vaut que s’il protège les plus vulnérables », soutient fermement le Dr Jean-Jacques Mbungani pour résumer la position de son pays.
Cette forte présence à Genève témoigne d’une mutation institutionnelle majeure à Kinshasa, où les questions de santé publique mobilisent désormais de concert l’exécutif et le pouvoir législatif. En affichant cette union sacrée et cette rigueur technique, la RDC envoie un signal fort aux bailleurs de fonds internationaux : le pays est prêt à assumer sa souveraineté sanitaire et à s’imposer comme un partenaire crédible et incontournable dans la nouvelle architecture de la santé mondiale.
Par Thierry Bwongo

