KINSHASA — L’affaire Denise Mukendi Dusauchoy franchit une nouvelle étape. Interpellée le 30 août 2026 en Tanzanie en exécution d’un mandat d’arrêt délivré par la justice congolaise, l’influenceuse a été transférée à Kinshasa. Des informations et images diffusées autour de son arrivée la montrent menottée et placée sous escorte. En revanche, l’affirmation selon laquelle un jet privé aurait été spécialement affrété pour son transfèrement n’est pas, à ce stade, suffisamment étayée par les sources officielles consultées.
Le ministère congolais de la Justice confirme que son interpellation a été effectuée par les autorités tanzaniennes dans le cadre de la coopération judiciaire internationale. Selon le gouvernement, l’opération découle de procédures pénales en cours d’instruction à Kinshasa. Les autorités rappellent que des démarches judiciaires internationales avaient déjà été entreprises, notamment à travers des commissions rogatoires et des mandats d’arrêt. Le ministère salue la coopération de la Tanzanie tout en insistant sur un principe essentiel : l’arrestation constitue un acte de procédure et ne préjuge pas de la culpabilité de Denise Dusauchoy, qui demeure présumée innocente jusqu’à une décision judiciaire définitive.

L’arrivée de l’influenceuse à Kinshasa prend cependant une dimension dépassant son seul dossier judiciaire. Réagissant publiquement ce mardi 1er septembre, le ministre de la Communication et Médias et porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a lancé un avertissement particulièrement ferme : « C’est la première d’une longue liste ». Il a également prévenu : « Où que vous vous trouviez dans le monde, la justice vous atteindra », avant d’assurer que « le droit sera dit ».
Muyaya inscrit cette affaire dans le prolongement de sa mise en garde du 13 août 2026 contre les dérives constatées, selon le gouvernement, sur les réseaux sociaux. Il vise notamment les insultes, la calomnie et les attaques personnelles, estimant que l’État doit agir pour assainir l’espace numérique et protéger particulièrement les jeunes générations contre la banalisation de certains comportements. Le porte-parole laisse ainsi entendre que d’autres personnes faisant l’objet de procédures pourraient être concernées par cette politique de fermeté.

Denise Dusauchoy n’en est pas à son premier épisode judiciaire en RDC. En décembre 2024, elle avait été condamnée par le tribunal de paix de Kinshasa-Ngaliema à trois ans de prison notamment pour faux bruits, faux en écriture et injures publiques, avant d’être libérée en mars 2025. Après son départ à l’étranger, elle avait poursuivi une activité particulièrement critique envers plusieurs dirigeants congolais sur les réseaux sociaux. Les procédures ayant conduit à son interpellation actuelle sont toutefois présentées par le ministère de la Justice comme des dossiers pénaux en cours d’instruction, ce qui impose de distinguer ses antécédents judiciaires des faits précis qui devront désormais être examinés par les magistrats.
Au-delà du cas Dusauchoy, l’affaire ouvre donc un débat plus large sur les limites de la liberté d’expression sur les réseaux sociaux, la responsabilité pénale des auteurs de contenus et les garanties de l’État de droit. La fermeté annoncée par Patrick Muyaya devra nécessairement s’accompagner du respect des procédures, des droits de la défense et de la présomption d’innocence. Le message politique du gouvernement est néanmoins désormais explicite : l’éloignement géographique ne constituerait plus, à ses yeux, une protection contre l’exécution de procédures judiciaires congolaises lorsque les mécanismes de coopération internationale peuvent être activés.
Par la Rédaction

