La qualification historique de la RDC au Mondial 2026 a refermé un premier cycle de la méthode Sébastien Desabre. Le sélectionneur français entre désormais dans une phase autrement plus exigeante : transformer une équipe redevenue compétitive en une sélection capable de gagner un trophée majeur. La FECOFA a placé le sacre à la CAN 2027 parmi les objectifs des Léopards. Après le dernier carré de la CAN 2023 et le retour au Mondial après 52 ans d’absence, la reconstruction doit désormais déboucher sur une consécration.
C’est sous cet angle qu’il faut lire les deux listes préparées pour la fenêtre internationale de septembre-octobre. La première, destinée aux éliminatoires face à la Guinée équatoriale et au Zimbabwe, conserve une grande partie de l’ossature mondialiste tout en injectant du sang neuf. La seconde, prévue pour les deux amicaux contre l’Ouganda les 2 et 5 octobre à Johannesburg, pousse beaucoup plus loin l’expérimentation. Desabre poursuit ainsi deux objectifs simultanés : sécuriser les résultats nécessaires à la qualification et élargir le groupe susceptible de conquérir l’Afrique en 2027.

La grande évolution réside dans la profondeur du réservoir congolais. Autour des Mbemba, Wan-Bissaka, Tuanzebe, Masuaku, Sadiki, Mukau, Moutoussamy, Bongonda, Wissa, Banza ou Mayele apparaissent Kevin Pedro, Willy Kambwala, Jordy Makengo, Noah Mbamba, Ezechiel Banzuzi et Stanis Idumbo. Pour les amicaux, Jorthy Mokio, Paris Maghoma, Junior Kadile, Anthony Musaba, Stephy Mavididi ou Brandon Ndezi bénéficient également d’une ouverture, tandis que Jackson Muleka et Samuel Essende retrouvent une opportunité. Desabre cherche clairement à passer d’un onze performant à un effectif performant, condition essentielle pour gagner une CAN.

La démarche est aussi générationnelle. Desabre ne démantèle pas brutalement l’équipe qui l’a conduit au Mondial : il prépare progressivement sa succession. Mbemba demeure une référence défensive pendant que Kambwala, Pedro ou Mokio se rapprochent ; Sadiki et Mukau représentent déjà le présent au milieu, avec Banzuzi et Mbamba comme nouvelles possibilités. Devant, la multiplication des profils augmente la concurrence. Les amicaux contre l’Ouganda deviennent ainsi un véritable laboratoire destiné à déterminer quels nouveaux venus peuvent réellement intégrer le noyau dur de la CAN.
Mais cette ouverture présente une faiblesse : la tanière s’élargit beaucoup plus vers l’Europe que vers le football local. La convocation du gardien Nathan Ndibu des Aigles du Congo constitue un signal intéressant, mais demeure insuffisante pour dissiper les interrogations. Les meilleurs joueurs de Mazembe, Maniema Union, des Aigles et des autres formations confrontées aux compétitions interclubs de la CAF devraient constituer un véritable bassin d’observation. Il ne s’agit pas d’imposer des quotas de joueurs locaux, mais de garantir que la performance au plus haut niveau africain puisse ouvrir une voie vers les Léopards.

La même exigence concerne la passerelle entre les U20, les U23 et les A. La RDC ne peut construire son renouvellement presque exclusivement sur les binationaux formés en Europe. L’émergence de jeunes comme Jules Ahoka renforce la nécessité d’un parcours identifiable vers l’équipe première. Les situations de Paris Brunner et Winsley Boteli montrent parallèlement l’importance de poursuivre un travail structuré auprès des talents éligibles évoluant à l’étranger. Pour durer au sommet, la sélection doit construire une pyramide cohérente où football local, sélections de jeunes, diaspora et équipe A alimentent le même projet.
Desabre dispose désormais d’un capital sportif considérable, mais celui-ci augmente aussi la pression. Arrivé en 2022 pour reconstruire une sélection en difficulté, il l’a ramenée dans le dernier carré continental puis au Mondial. Ses prochaines décisions devront donc aller au-delà de la simple découverte de nouveaux joueurs : établir une hiérarchie claire, préparer la succession de certains cadres, trouver plusieurs solutions par poste et surtout transformer l’abondance individuelle en complémentarité collective. La profondeur n’a de valeur que lorsqu’elle produit une équipe.

La FECOFA a désormais fixé la barre : gagner la CAN 2027. Dès lors, chaque convocation, chaque nouvel arrivant et chaque expérimentation devra être évalué à l’aune de cet objectif. Desabre ne cherche plus simplement 23 joueurs capables de porter le maillot national ; il doit construire le groupe capable de ramener en RDC une Coupe d’Afrique qui lui échappe depuis 1974. La profondeur commence à être là, la concurrence également. Reste l’étape la plus difficile : transformer cette nouvelle richesse en une machine collective capable de conquérir l’Afrique.
Par Thierry Bwongo

