KINSHASA — Réuni vendredi 11 septembre 2026 à la Cité de l’Union africaine sous la présidence de Félix-Antoine Tshisekedi, le 98ᵉ Conseil des ministres a placé plusieurs urgences nationales au centre de l’action gouvernementale : recrudescence des incendies à Kinshasa, accès à l’eau potable, responsabilité financière des gestionnaires publics, riposte contre Ebola, sécurité dans l’Est et préparation du budget 2027. Au-delà de la diversité des dossiers, une orientation traverse le compte rendu : le Chef de l’État demande désormais que les politiques annoncées soient accompagnées d’échéances, d’indicateurs et de mécanismes de contrôle permettant d’en mesurer l’exécution.
La succession d’incendies meurtriers à Kinshasa a constitué la première urgence. Après le drame de la salle Panacée à Lingwala, l’incendie du Petit Collège Saint-Pierre et celui ayant touché une parcelle abritant la salle Bonne Auberge, Tshisekedi a estimé que leur répétition mettait en cause l’efficacité des mécanismes de prévention, de contrôle et d’intervention. « Nous ne pouvons nous résoudre à attendre qu’un incendie, de plus, survienne pour agir », a-t-il déclaré. Des contrôles doivent désormais viser les établissements recevant du public, y compris les églises, avec possibilité de fermeture temporaire des sites présentant des risques graves. Extincteurs, issues de secours, alarmes, installations électriques et capacités des services anti-incendie devront être vérifiés. Le ministre de l’Intérieur et le gouverneur de Kinshasa disposent de 30 jours pour présenter un plan opérationnel de prévention et de lutte contre les incendies.
Deuxième chantier : l’eau, l’hygiène et l’assainissement. Le Président a demandé d’accélérer PAEEPA, KIN ELENDA, AGREE, PASEA, PRISE et les autres programmes déjà financés, considérant que les lenteurs administratives et conflits de compétences ne peuvent continuer à retarder leur exécution. Le Pacte présidentiel fixe pour 2035 des objectifs d’au moins 60 % d’accès à l’eau potable, 50 % à l’assainissement et à l’hygiène et des services appropriés dans 80 % des écoles et établissements de santé. Un tableau de bord mensuel devra désormais renseigner financement, paiements, niveau d’exécution et calendrier de chaque projet, tandis qu’un portefeuille prioritaire devra être établi pour chacune des 26 provinces, en donnant priorité aux zones les moins desservies.

Le Conseil a également ouvert un dossier institutionnel particulièrement sensible : la responsabilité financière des gestionnaires publics devant la Cour des comptes. Tshisekedi veut clarifier l’application des règles aux ministres et gouverneurs, dans un contexte où la juridiction financière développe ses contrôles et procédures. Il insiste cependant sur le respect de son indépendance. Un mécanisme permanent de sensibilisation doit permettre aux membres du Gouvernement de mieux comprendre notamment la distinction entre faute de gestion et gestion de fait, la responsabilité des ordonnateurs, les rapports avec les comptables publics et la portée des immunités. L’enjeu affiché est de faire de la responsabilité financière non une entrave à l’action publique, mais un instrument de protection des deniers publics et de lutte contre l’impunité financière.
Sur le front sanitaire, le Gouvernement affirme que la 17ᵉ épidémie d’Ebola est « sous contrôle » et que le pic a été atteint. Le compte rendu fait état d’une diminution progressive des cas confirmés et des décès, tandis que 10 des 61 zones de santé concernées n’auraient enregistré aucun nouveau cas depuis au moins 21 jours. Mais le même document appelle à une surveillance prioritaire à Beni, Isiro, Komanda, Butembo et Mangala, en raison de récentes flambées, et confirme la découverte d’un cas au Sud-Ubangi, où le dispositif de riposte est en cours de déploiement et les contacts placés en isolement. Cette juxtaposition entre amélioration globale et persistance de foyers rappelle que le franchissement d’un pic ne dispense nullement de maintenir une surveillance épidémiologique intensive.
La situation sécuritaire demeure parallèlement tendue. Le Gouvernement affirme que les manœuvres du M23/RDF visant à conquérir de nouveaux espaces au Nord et au Sud-Kivu ont été contenues par les FARDC, tandis que la résurgence d’attaques de miliciens Maï-Maï est signalée dans le Grand-Katanga. Sur le plan administratif et sécuritaire intérieur, le Conseil annonce également que 13 852 migrants Mbororo ont déjà été identifiés au Bas-Uélé, Haut-Uélé et Nord-Ubangi. Les opérations policières « Ndobo » doivent se poursuivre dans les grandes villes, alors que l’ONIP prépare pour la mi-décembre 2026 le lancement des opérations d’identification de masse de la population.

Mais l’une des décisions les plus structurantes du Conseil concerne les finances publiques. Le Gouvernement a adopté le projet de loi de finances 2027, équilibré en recettes et dépenses à 57 500 milliards de francs congolais, soit environ 24,8 milliards de dollars, en progression de 12 % par rapport aux 22 milliards de la loi de finances rectificative 2026. Les recettes courantes sont projetées à l’équivalent de 17,5 milliards de dollars, pour une pression fiscale de 12,8 %, tandis que les recettes extérieures sont évaluées à 4 milliards. Les priorités annoncées couvrent notamment la sécurité, les infrastructures, les secteurs sociaux, la diversification économique et la reconstruction des zones touchées par les conflits. Le Conseil a aussi renoué, après une interruption depuis 2015, avec la consolidation des budgets du pouvoir central, des provinces et des entités territoriales décentralisées.
Au total, 16 textes ont été examinés et adoptés, touchant notamment aux statistiques nationales, à la prorogation de l’état de siège en Ituri et au Nord-Kivu, aux financements additionnels de projets dans l’entrepreneuriat féminin, l’éducation et la santé, au marché carbone, aux finances publiques et aux infrastructures. Le Conseil a également validé la création d’une Task Force RDC–USA chargée du suivi de l’accord de partenariat stratégique entre les deux pays, ainsi qu’un financement IDA de 150 millions de dollars pour le projet REPAIR et la création du Fonds de garantie des dépôts de la RDC. Au terme de cette 98ᵉ réunion, le message politique apparaît donc clair : les instructions, budgets et nouvelles structures se multiplient ; leur véritable test commencera désormais dans l’exécution, la transparence et les résultats perceptibles par la population.
Par la Rédaction

