KINSHASA — L’alerte monte d’un cran dans le Sud-Ubangi. L’Honorable Dr Jean-Jacques Mbungani Mbanda, député national élu de Budjala et ancien ministre de la Santé publique, annonce qu’un deuxième cas de maladie à virus Ebola a été signalé positif dans la Zone de santé de Bulu, dans le territoire de Budjala. Selon les informations sanitaires dont il dit avoir été saisi, le patient serait un contact du premier cas décédé à Gwaka et confirmé positif par l’INRB. Une donnée qui, si le lien épidémiologique est définitivement établi, ferait passer la province d’un premier cas importé à une transmission secondaire survenue localement.
Le premier cas avait déjà placé le Sud-Ubangi sur la carte de l’épidémie. Il s’agissait d’un jeune homme de 23 ans arrivé d’une autre province avant de décéder à Gwaka. L’OMS a depuis officiellement classé Bulu parmi les zones de santé touchées, faisant du Sud-Ubangi la septième province atteinte par l’épidémie de maladie à virus Ebola Bundibugyo en RDC. Le nouveau cas annoncé par le Dr Mbungani change cependant la nature de l’alerte : le patient aurait été exposé au premier malade. « Ebola n’est plus aux portes du Sud-Ubangi, il est entré », prévient l’ancien ministre, qui réclame une recherche immédiate et exhaustive des contacts.
Pour l’élu de Budjala, le danger serait désormais de sous-estimer les chaînes de contamination susceptibles d’échapper au système de surveillance. Il appelle à renforcer la recherche active des cas, le suivi des contacts et la surveillance communautaire sur l’ensemble de l’axe Akula–Gwaka–Zongo. Cette inquiétude intervient alors que l’OMS souligne elle-même que le retard dans la détection des malades augmente les risques de transmission au sein des familles, des communautés et des structures sanitaires. Au 19 septembre, l’organisation faisait état de 7 672 cas confirmés et 3 699 décès en RDC depuis le début de l’épidémie, soit une létalité proche de 48 %.
Mais l’alerte de Jean-Jacques Mbungani porte surtout sur les moyens de la riposte. L’ancien ministre affirme que les équipes de la Division provinciale de la Santé du Sud-Ubangi et celles de la Zone de santé de Bulu ne disposent pas encore des ressources opérationnelles suffisantes pour affronter durablement la menace. Il réclame le financement du plan provincial de riposte, des équipements de protection individuelle, des moyens de déplacement et du carburant, mais également une réponse aux revendications du personnel soignant. « On ne peut pas gagner une guerre contre Ebola avec un personnel en grève », insiste-t-il, appelant à protéger et motiver ceux qui se trouvent en première ligne.
Autre priorité défendue par le député de Budjala : étendre au Sud-Ubangi les dispositifs de surveillance des corridors fluviaux. Province largement structurée autour des voies d’eau et des mouvements de populations, le Sud-Ubangi présente, selon lui, une vulnérabilité particulière. Mbungani plaide ainsi pour son intégration effective dans l’initiative « Fleuve Congo Sans Ebola », avec une surveillance renforcée des ports, la formation des équipages des baleinières et l’installation de capacités de contrôle sanitaire aux principaux points de passage. L’enjeu dépasse Budjala : empêcher le virus d’emprunter les grands axes de mobilité vers le reste du Grand Équateur et Kinshasa.
Face à cette nouvelle alerte, l’ancien ministre appelle enfin les députés, sénateurs et élus provinciaux du Grand Équateur à sortir du seul registre institutionnel pour participer directement à la sensibilisation des communautés. Signaler rapidement un malade, éviter les contacts non protégés avec une personne symptomatique ou un corps et collaborer avec les équipes sanitaires deviennent des maillons essentiels pour casser les chaînes de transmission. Si la confirmation officielle de ce deuxième cas et de son lien avec le premier malade venait à établir une transmission locale à Bulu, le Sud-Ubangi entrerait dans une nouvelle phase de l’épidémie. Pour Mbungani, l’urgence est précisément d’agir avant que cette transmission ne puisse s’installer : financer la riposte, protéger les soignants, surveiller les corridors et rechercher chaque contact.
Par Thierry Bwongo

