BANGUI–ZONGO — Relier directement Bangui à Zongo par un pont : le projet pourrait profondément modifier les échanges entre la République centrafricaine et la République démocratique du Congo. L’ouvrage annoncé, long d’environ 645 mètres, doit permettre de franchir l’Oubangui autrement que par les pirogues, baleinières et embarcations qui assurent aujourd’hui l’essentiel des mouvements de personnes et de marchandises entre les deux rives.
Au port fluvial de Kolongo, à Bangui, cette interdépendance économique est déjà visible. Des embarcations en provenance de la RDC y débarquent régulièrement passagers et marchandises. Des commerçants centrafricains traversent également vers Zongo pour s’approvisionner en produits qu’ils jugent plus accessibles sur le marché congolais. Cette activité quotidienne fait de l’axe Bangui–Zongo bien davantage qu’un simple poste frontalier : il constitue déjà un corridor commercial entre les deux pays.

La construction d’un pont changerait cependant l’échelle de ces échanges. Une liaison routière permanente pourrait faciliter la circulation des personnes, réduire certaines contraintes liées au transbordement des marchandises et améliorer la connexion entre Bangui et le nord-ouest de la RDC. Pour Zongo et, plus largement, le Sud-Ubangi, l’enjeu est considérable : la ville congolaise pourrait renforcer son rôle de porte d’entrée vers la capitale centrafricaine et devenir un maillon plus important des échanges régionaux.
La sécurité constitue l’autre enjeu majeur. La traversée de l’Oubangui reste dépendante d’embarcations dont les conditions de navigation peuvent devenir difficiles, particulièrement lors des périodes de fortes eaux et d’intempéries. Des naufrages meurtriers ont régulièrement rappelé la vulnérabilité de ce mode de transport. Les services de protection civile insistent ainsi sur le respect des capacités d’embarquement, des équipements de sécurité et des consignes avant chaque traversée.

Présenté comme un projet soutenu par la Banque mondiale, le futur ouvrage s’inscrit dans une ambition plus large d’intégration régionale : transformer une frontière fluviale en corridor économique. Au-delà du déplacement des voyageurs, une connexion permanente pourrait favoriser les chaînes d’approvisionnement, les marchés transfrontaliers et les échanges agricoles et commerciaux entre la RDC et la RCA, à condition que les infrastructures routières, douanières et logistiques accompagnent effectivement le pont.
Pour les populations de Bangui et de Zongo, l’enjeu dépasse donc les 645 mètres annoncés de l’ouvrage. Moins de contraintes à la frontière, davantage de commerce et des liens humains renforcés : le pont pourrait faire de l’Oubangui non plus seulement une ligne de séparation, mais un véritable axe d’intégration entre les deux peuples. Sa portée économique dépendra toutefois de sa réalisation effective, de la qualité des routes qui y seront connectées et de la fluidité des procédures de passage entre les deux pays.
Par Thierry Bwongo

