KINSHASA, 22 OCTOBRE 2026 — Une sonnerie de téléphone peut-elle suffire à déterminer l’appartenance ou la loyauté politique d’un haut responsable de l’État ? L’Inspection générale des finances (IGF) répond catégoriquement par la négative. Mise en cause sur les réseaux sociaux à travers une vidéo attribuant à l’entourage de son chef de service, Christophe Bitasimwa, une prétendue sonnerie à la gloire de l’ancien président Joseph Kabila, l’institution dénonce des allégations sans fondement et appelle à distinguer les faits vérifiables des interprétations.
La polémique est partie d’une vidéo diffusée par un youtubeur. Celui-ci affirme qu’au cours d’une réunion, un téléphone présenté comme appartenant à Christophe Bitasimwa, mais qui aurait été momentanément détenu par son garde du corps, aurait sonné en diffusant une chanson rendant hommage à Joseph Kabila. De cet épisode, l’auteur de la vidéo tire des conclusions sur les convictions politiques du chef de service de l’IGF et, surtout, sur sa loyauté envers le président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo.
C’est précisément cette construction que l’Inspection générale des finances rejette. Dans un communiqué publié le 21 octobre, l’institution oppose un démenti catégorique aux allégations et rappelle que la liberté d’expression comme le droit à l’information impliquent également une obligation de responsabilité, de vérité et de rigueur. L’IGF réaffirme dans la foulée son attachement à l’autorité du chef de l’État, institution sous laquelle elle est directement placée.
« Elle réaffirme son attachement aux valeurs de loyauté, de discipline, de professionnalisme et de respect de la dignité humaine qui gouvernent son fonctionnement », souligne notamment le communiqué. Pour l’institution, les spéculations politiques ne doivent pas détourner l’attention de sa mission première : le contrôle des finances publiques, la surveillance de leur gestion et la promotion de la bonne gouvernance dans le respect de la légalité.
L’affaire pose surtout un problème de preuve. Si la séquence diffusée ne permet pas d’établir avec certitude à qui appartenait le téléphone, qui le détenait au moment des faits et dans quelles circonstances la sonnerie aurait retenti, transformer cet épisode en preuve d’une proximité politique avec Joseph Kabila relève de l’interprétation et non d’un fait établi. À plus forte raison lorsqu’une telle conclusion touche directement à la réputation et à la loyauté institutionnelle d’un responsable public.
La controverse intervient, par ailleurs, dans un contexte politique particulièrement sensible, marqué par le retour de Joseph Kabila au centre de l’actualité nationale et les tensions suscitées par la nouvelle configuration politico-militaire dans l’Est du pays. Dans une telle atmosphère, une chanson, une image ou une séquence sortie de son contexte peut rapidement être investie d’une signification politique qui dépasse ce qu’elle permet objectivement de démontrer.
Pour l’IGF, le débat doit donc revenir aux faits. Une accusation politique ne devient pas une information simplement parce qu’elle est virale. Elle doit pouvoir être documentée, recoupée et confrontée aux personnes mises en cause. En démentant cette polémique, Christophe Bitasimwa et son institution renvoient ainsi leurs détracteurs à une exigence élémentaire : lorsqu’une accusation est lourde, la preuve doit l’être tout autant.
Par Didier Mbongomingi

