KINSHASA — L’étau diplomatique commence à se resserrer autour de Joseph Kabila depuis sa prise de contrôle du Front pour la refondation de la Nation (FRN). Après les mises en garde de l’Union africaine contre toute conquête anticonstitutionnelle du pouvoir, la Belgique franchit un cap ce mercredi 21 octobre : son ministre des Affaires étrangères, Maxime Prévot, condamne cette fois directement et nominativement le choix de l’ancien président congolais de prendre la tête d’un mouvement politico-militaire comprenant le M23. Dans le même temps, au Parlement européen, des voix belges poussent désormais l’Union européenne vers des sanctions.
Pour Maxime Prévot, l’évolution est « très préoccupante ». Le chef de la diplomatie belge juge « déplorable, incompréhensible et inacceptable » qu’un ancien président de la République, qui a lui-même connu les conséquences des rébellions armées en RDC, choisisse de soutenir et de diriger une structure politico-militaire susceptible de rechercher le pouvoir par la force plutôt que par les urnes. Bruxelles considère ainsi le recours à la violence contre les institutions nationales comme profondément illégitime et avertit que ceux qui choisissent cette voie devront en assumer la responsabilité.
Cette condamnation belge change sensiblement la séquence internationale ouverte depuis la création du FRN. Là où l’Union africaine avait rappelé le principe général du refus des changements anticonstitutionnels sans nommer Joseph Kabila, Bruxelles désigne désormais directement l’ancien chef de l’État. Il s’agit donc de l’une des prises de position gouvernementales étrangères les plus explicites enregistrées jusqu’ici contre son basculement à la tête de la nouvelle coalition politico-militaire.
La pression se construit parallèlement au niveau européen. Les eurodéputés belges Elio Di Rupo et Hilde Vautmans ont appelé l’Union européenne à adopter des sanctions ciblées contre les responsables de la déstabilisation de la RDC. Le 19 octobre à Strasbourg, Vautmans a de nouveau exprimé devant le Parlement européen sa profonde inquiétude face au rapprochement de Joseph Kabila avec le M23 et demandé aux institutions européennes de mettre effectivement en œuvre les résolutions déjà adoptées concernant la crise congolaise et les sanctions visant le Rwanda.
À ce stade, cependant, Joseph Kabila ne fait pas l’objet d’une nouvelle sanction décidée par l’Union européenne du fait de la création du FRN. Les démarches de Di Rupo et Vautmans constituent une pression parlementaire, et non encore une décision du Conseil de l’Union européenne. Cette distinction est essentielle : la question est désormais de savoir si la condamnation politique formulée à Bruxelles et les initiatives parlementaires observées à Strasbourg finiront par converger vers une démarche européenne formelle.
Bruxelles ne ferme pas pour autant la porte à la diplomatie. La ligne qui se dessine reste celle d’une absence de solution militaire au conflit et du maintien des processus diplomatiques engagés autour de la RDC. C’est précisément là que se situe désormais le paradoxe du FRN : ses dirigeants peuvent demeurer des interlocuteurs dans un processus de paix tout en s’exposant à une pression internationale croissante dès lors que la conquête du pouvoir par les armes devient un objectif politique assumé.
La séquence devient ainsi beaucoup plus lourde pour Joseph Kabila. Après Paris, Washington et l’Union africaine, qui ont chacun rappelé à des degrés différents l’intégrité territoriale, la continuité des processus diplomatiques ou le rejet de la prise du pouvoir par la force, la Belgique est désormais passée de la préoccupation à la condamnation nominative. Le prochain test sera européen : voir si les appels lancés au Parlement de Strasbourg restent politiques ou débouchent sur une proposition concrète de sanctions contre les dirigeants du FRN.
Par Thierry Bwongo

