KINSHASA — Le gouvernement congolais n’aura laissé aucune ambiguïté s’installer. Quelques heures après la diffusion de propos de Fils Mukoko évoquant la distribution d’armes à la population et proférant des menaces contre des ressortissants occidentaux, particulièrement belges, le ministre de la Communication et Médias Patrick Muyaya les a condamnés avec fermeté. Le Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (CSAC) est allé plus loin : un embargo médiatique de 88 jours a été imposé ce mercredi 21 octobre au cadre de l’UDPS, également dirigeant de la Régie d’assainissement de Kinshasa (RASKIN).
Dans une intervention largement relayée sur les réseaux sociaux, Fils Mukoko avait évoqué la possibilité de distribuer des armes jusque dans les terrains de football, les églises et les universités pour combattre ceux qu’il considère comme les ennemis du pays. Il s’en était ensuite pris aux Occidentaux présents à Kinshasa, dans un contexte déjà marqué par des tensions diplomatiques entre Kinshasa et Bruxelles. Des propos suffisamment graves pour provoquer une réaction immédiate du porte-parole du gouvernement.

« Nous condamnons de la manière la plus ferme les propos tenus par Fils Mukoko », a réagi Patrick Muyaya, les qualifiant d’une « horreur absolue » et précisant qu’ils « n’engagent nullement le Gouvernement ni aucune autre institution ». Le ministre affirme que le CSAC, l’Hôtel de ville de Kinshasa et les autres services compétents ont été saisis afin d’en tirer les conséquences. Il prévient surtout que le gouvernement ne tolérera ni appel à la violence ni stigmatisation des partenaires occidentaux de la RDC.
La réaction prend une dimension particulière dans le contexte actuel des relations entre Kinshasa et Bruxelles. La Présidence congolaise avait récemment demandé à ses collaborateurs de suspendre, jusqu’à nouvel ordre, les contacts directs ou indirects avec l’ambassade de Belgique, après des perquisitions menées en Belgique et contestées par les autorités congolaises dans leurs modalités. Mais pour le gouvernement, le différend diplomatique avec Bruxelles ne saurait servir de justification à des menaces contre des citoyens belges ou occidentaux présents en RDC. Patrick Muyaya a assuré les missions diplomatiques que les dispositions nécessaires étaient prises pour protéger leur personnel et garantir l’inviolabilité de leurs sièges.

Le CSAC a rapidement transformé cette condamnation politique en sanction médiatique. Réuni en urgence sous la présidence de Christian Bosembe, son Bureau a décidé d’un embargo médiatique de 88 jours contre Fils Mukoko et l’a convoqué pour une audition. Le régulateur considère que les déclarations incriminées contreviennent aux lois en vigueur et aux valeurs fondamentales de la République.
L’affaire place désormais le pouvoir devant une exigence de cohérence : dans une période de guerre, de fortes tensions politiques autour du FRN de Joseph Kabila et de crispation diplomatique avec la Belgique, la mobilisation patriotique ne peut basculer dans la désignation de communautés étrangères comme cibles. Patrick Muyaya a voulu tracer cette frontière sans équivoque : « Tous ceux qui tomberont dans l’extrémisme seront exposés à la rigueur de la loi. » Une manière, surtout, de signifier aux chancelleries étrangères que les propos de Fils Mukoko ne constituent ni une doctrine du gouvernement ni une autorisation donnée à la violence.
Par Thierry Bwongo

