Kinshasa a vécu mercredi un moment politique majeur avec la grande conférence de presse du Président Félix Tshisekedi organisée au chapiteau de la Cité de l’Union africaine. Pendant plusieurs heures, le Chef de l’État s’est livré à un vaste exercice de communication et de justification de son action, abordant à la fois les questions économiques, la guerre dans l’Est, les tensions politiques internes, les partenariats stratégiques avec les États-Unis ainsi que le débat sensible autour d’une éventuelle révision constitutionnelle. Dans un ton mêlant assurance, pédagogie et fermeté, il a tenté d’imprimer une idée centrale : celle d’un Congo en reconstruction qui doit désormais apprendre à croire davantage en lui-même.
Dès l’ouverture de son intervention, le Président a tenu à rendre hommage à la presse congolaise, saluant le travail des journalistes dans un contexte marqué par les défis sécuritaires et les tensions régionales. « La liberté de la presse n’est pas une faveur accordée par le pouvoir », a-t-il déclaré, tout en appelant les médias à davantage de responsabilité face à ce qu’il considère comme une guerre informationnelle dirigée contre la RDC. Selon lui, le conflit dans l’Est ne se mène pas uniquement sur le terrain militaire, mais aussi dans les récits, la propagande et les tentatives de manipulation de l’opinion. Réaffirmant sa position sur la crise sécuritaire, Félix Tshisekedi a insisté sur le fait que la RDC demeure victime d’une agression extérieure. « Il y a un agresseur et cet agresseur a un nom », a-t-il martelé, dans une allusion claire au Rwanda et aux groupes armés actifs dans l’Est du pays.
Sur le plan économique, le Chef de l’État s’est appliqué à défendre son bilan à travers plusieurs indicateurs qu’il présente comme les signes d’une amélioration progressive de la situation nationale. Il a évoqué une inflation ramenée à 3,3 %, la réduction de l’IPR de 15 % à 3 %, la hausse des salaires des fonctionnaires ainsi que l’amélioration des soldes des militaires et policiers. Félix Tshisekedi a également mis en avant plusieurs projets d’infrastructures qu’il considère comme emblématiques de son mandat, notamment le Port de Banana, la Centrale hydroélectrique de Kakobola, la modernisation de l’Aéroport international de N’Djili, la rocade de Kinshasa ainsi que plusieurs corridors routiers et ferroviaires destinés à renforcer l’intégration économique du pays. Dans le même élan, il a annoncé de nouveaux investissements dans l’enseignement supérieur et les infrastructures universitaires, estimant que la jeunesse et la formation doivent devenir des piliers du repositionnement stratégique de la RDC.

Le Président a aussi consacré une partie de son intervention aux minerais stratégiques et aux accords en discussion avec les États-Unis. Défendant la ligne diplomatique de son gouvernement, il a assuré qu’aucun partenariat ne serait conclu au détriment de la souveraineté nationale ou de l’intégrité territoriale du pays. Pour lui, le cobalt, le cuivre, le coltan et le lithium représentent désormais une opportunité historique pour repositionner la RDC dans l’économie mondiale, à condition que ces ressources servent à créer des emplois locaux et à développer une transformation industrielle sur le territoire national plutôt qu’une simple exportation brute.
Interrogé sur les débats politiques internes, notamment autour d’une éventuelle révision de la Constitution au profit d’un troisième mandat, Félix Tshisekedi a adopté une posture d’ouverture tout en dénonçant certaines caricatures du débat public. « Aucune question d’intérêt national ne saurait être confisquée, caricaturée ou interdite de réflexion », a-t-il affirmé, se disant favorable au dialogue mais opposé à toute remise en cause des institutions ou de la souveraineté populaire. En ce qui concerne l’éventualité de briguer un troisième mandat, le président congolais laisse la responsabilité au peuple » Je n’ai pas sollicité de troisième mandat, mais je vous le dis : si le peuple veut que j’aie un troisième mandat, j’accepterai. »
Au terme de cette conférence de presse, le Chef de l’État a cherché à insuffler un message d’optimisme et de confiance collective. Invitant les Congolais à regarder leur pays « comme un verre à moitié plein et non comme un verre à moitié vide », Félix Tshisekedi a défendu sa vision d’un Congo souverain, respecté, productif et ouvert au monde, mais qui refuse désormais de brader ses ressources et son avenir. Derrière le bilan défendu et les annonces politiques, cette prise de parole aura surtout servi à réaffirmer une ambition : celle de convaincre l’opinion que la RDC peut encore transformer ses immenses fragilités en leviers de puissance et de stabilité.
Par Thierry Bwongo

