En participant, ce 15 juillet, au Forum africain sur l’eau et l’énergie à N’Djamena, le président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, entend placer la République démocratique du Congo au cœur des réflexions sur la gouvernance des ressources hydriques en Afrique. Coorganisée par le Tchad et le Groupe de la Banque mondiale, cette rencontre intervient dans un contexte où l’accès à l’eau devient un enjeu stratégique, sous l’effet du changement climatique, de la croissance démographique et de la pression croissante sur les ressources naturelles. Pour Kinshasa, il s’agit de faire reconnaître le potentiel exceptionnel du pays comme un véritable levier de développement et d’influence à l’échelle continentale.

Avec le fleuve Congo, deuxième plus grand fleuve du monde par son débit après l’Amazone, un vaste réseau hydrographique et les grands lacs de l’Est, la RDC possède l’une des plus importantes réserves d’eau douce de la planète. Ce patrimoine naturel fait du pays un acteur incontournable de la sécurité hydrique en Afrique. Depuis plusieurs années, des projets régionaux, notamment celui visant à contribuer au réapprovisionnement du lac Tchad, illustrent l’importance géostratégique du bassin du Congo dans les débats sur l’avenir des ressources en eau du continent.
Au-delà de son importance environnementale, cette richesse représente un formidable potentiel économique encore largement sous-exploité. L’eau peut soutenir le développement de l’hydroélectricité, notamment autour du complexe d’Inga, favoriser l’agriculture irriguée, renforcer le transport fluvial, stimuler la pêche et l’économie bleue, tout en consolidant l’intégration régionale. Dans un monde confronté à la raréfaction des ressources, plusieurs spécialistes considèrent désormais les ressources hydriques congolaises comme un atout stratégique comparable aux minerais critiques dont regorge le pays.

À N’Djamena, Félix Tshisekedi ambitionne ainsi de positionner la RDC comme un acteur majeur de la diplomatie africaine de l’eau. En défendant une gestion intégrée et durable des ressources hydriques, le chef de l’État entend promouvoir une vision dans laquelle l’eau devient un moteur de croissance, de coopération régionale et de stabilité. Cette démarche s’inscrit dans une stratégie plus large visant à faire de la RDC non seulement une puissance minière, mais également un leader écologique et énergétique sur le continent.
Ce positionnement international contraste toutefois avec une réalité nationale encore préoccupante. Malgré son immense potentiel hydrique, une part importante de la population congolaise n’a toujours pas accès à une eau potable de qualité. Le véritable défi pour les autorités sera donc de transformer cette abondance naturelle en bénéfices concrets pour les citoyens, à travers des investissements dans les infrastructures hydrauliques, l’amélioration de la desserte en eau et la valorisation durable de cette ressource. Plus qu’un « scandale géologique », la RDC entend désormais faire reconnaître son statut de véritable « château d’eau » de l’Afrique et convertir cet « or bleu » en un puissant levier de souveraineté et de développement.
Par Guy Roger Tshitenge

