Kinshasa, 23 juin 2026 – Le conflit foncier qui secoue depuis plusieurs semaines le site de la Pagotte, dans la commune de la N’sele, connaît un nouveau rebondissement judiciaire. Un groupe d’occupants a saisi l’Auditorat Général près la Haute Cour Militaire contre le colonel Delphin Kafuku, Monsieur Bahati Musaka Patient et l’homme d’affaires Harish Jagtani, représentant de la société Modern Construction SARL.
La plainte, déposée par Maître Rabbi Kadakala au nom de plusieurs occupants, soutient que les plaignants ont acquis leurs parcelles de manière régulière auprès de Monsieur Mobutu Nzanga Zebai Joseph, présenté comme l’un des héritiers de la succession Mobutu.
Un dossier complexe de transactions foncières
Selon les documents évoqués dans la plainte, Monsieur Bahati Musaka Patient aurait lui-même acquis une concession auprès des héritiers de la succession Mobutu avant d’en céder une partie à Modern Construction SARL.
Les plaignants rappellent également qu’un protocole d’accord signé le 22 avril 2026 entre les différentes parties aurait prévu l’attribution à Mobutu Nzanga Zebai Joseph d’une portion complémentaire de quinze hectares. Cependant, cette superficie serait située dans une zone marécageuse, compliquant son exploitation effective.
Une réunion tripartite tenue le 25 mai dernier aurait ensuite chargé Mobutu Nzanga Zebai Joseph d’identifier les occupants présents sur certaines parcelles et d’engager avec eux des discussions en vue d’une éventuelle cession des terrains à Modern Construction SARL.
Des accusations visant l’intervention de militaires
Au cœur de la plainte figure l’intervention présumée d’éléments de la Garde républicaine sous le commandement du colonel Delphin Kafuku. Les occupants affirment que ces militaires seraient intervenus pour interrompre des travaux de mise en valeur entrepris sur les parcelles litigieuses.
Les plaignants soutiennent également que plusieurs occupants auraient été empêchés d’accéder à leurs terrains et que certains auraient été interpellés après avoir tenté de reprendre les travaux à la suite de la levée d’une mesure de suspension. Selon leur version, ces personnes auraient été conduites vers Kibomango par des éléments de la Garde républicaine.
Par ailleurs, les occupants contestent la construction d’une clôture sur le site, attribuée à Modern Construction SARL, estimant que ces travaux auraient été réalisés dans un contexte de litige foncier non encore définitivement tranché.

Une demande d’enquête à la justice militaire
Dans leur requête adressée à l’Auditorat Général, les plaignants estiment que l’implication présumée de militaires dans un différend foncier à caractère civil soulève des interrogations sur le respect des règles régissant les forces armées.
Ils demandent l’ouverture d’une enquête afin d’établir les responsabilités éventuelles du colonel Delphin Kafuku ainsi que celles des autres personnes citées dans le dossier. Les plaignants évoquent notamment de possibles violations de consignes militaires et des faits qu’ils qualifient d’incitation à poser des actes contraires à la loi.
Une affaire suivie de près
Cette nouvelle procédure judiciaire intervient alors que le dossier de la Pagotte continue de susciter de vives tensions sur le terrain. Il illustre une fois de plus la complexité des litiges fonciers à Kinshasa, où se croisent régulièrement revendications successorales, intérêts immobiliers et occupations de terrain.
À ce stade, le colonel Delphin Kafuku, Monsieur Bahati Musaka Patient, Harish Jagtani et Modern Construction SARL n’ont pas encore réagi publiquement aux accusations contenues dans la plainte. Les conclusions des enquêtes éventuelles de la justice militaire pourraient apporter un éclairage déterminant sur cette affaire qui retient l’attention des habitants de la N’sele et des observateurs du secteur foncier.
Par DMK.

