La mort du boxeur congolais Roméo Katompa, surnommé « Bololo », à Johannesburg, a profondément ému la diaspora congolaise et bien au-delà. Si les circonstances exactes de son décès restent à établir par les autorités sud-africaines, plusieurs sources évoquent un acte de violence susceptible de s’inscrire dans le contexte des agressions dont sont régulièrement victimes des ressortissants étrangers. En attendant les conclusions de l’enquête, une certitude s’impose : ce drame remet brutalement en lumière une réalité que le continent peine encore à affronter.
Depuis plus d’une décennie, l’Afrique du Sud est périodiquement secouée par des violences visant des migrants africains. À chaque nouvelle flambée, les images choquent, les condamnations se multiplient et les promesses de fermeté se succèdent. Pourtant, les agressions reviennent avec une régularité inquiétante. Derrière ce phénomène se mêlent chômage, pauvreté, criminalité, frustrations sociales et instrumentalisation politique de la question migratoire. Mais aucune crise économique ne saurait justifier que des femmes et des hommes soient pourchassés, lynchés ou tués en raison de leur nationalité.
Cette situation est d’autant plus douloureuse qu’elle heurte l’histoire même de l’Afrique. Durant les années les plus sombres de l’apartheid, de nombreux pays africains, dont l’actuelle République démocratique du Congo, avaient soutenu le combat du peuple sud-africain pour sa liberté. Des artistes congolais comme Papa Wemba et Tabu Ley Rochereau avaient mis leur notoriété au service de cette lutte, tandis que Nelson Mandela incarnait l’espoir d’une Afrique unie contre l’oppression. Voir aujourd’hui des Africains devenir les victimes d’autres Africains constitue une blessure pour cet héritage de solidarité.
Le défi est désormais politique autant que sécuritaire. Les autorités sud-africaines ont la responsabilité de protéger toutes les personnes vivant légalement sur leur territoire, sans distinction de nationalité. Cela suppose non seulement d’enquêter avec rigueur sur la mort de Roméo Katompa, si les faits rapportés sont confirmés, mais aussi de s’attaquer aux réseaux criminels, aux discours de haine et au sentiment d’impunité qui alimentent ces violences. De leur côté, les gouvernements africains, notamment celui de la RDC, doivent renforcer leur protection consulaire et défendre plus activement les droits de leurs ressortissants établis à l’étranger.
Au-delà des États, c’est l’Union africaine qui est interpellée. Si elle porte l’ambition d’une libre circulation des personnes, d’un marché continental et d’une intégration renforcée, elle ne peut rester silencieuse lorsque des Africains vivent dans la peur sur le sol d’un autre État africain. La solidarité panafricaine ne peut être invoquée uniquement dans les discours ; elle doit aussi se traduire par des mécanismes de prévention, d’alerte et de protection.
La mort de Roméo Katompa ne doit donc pas être réduite à un simple fait divers. Si l’enquête confirme qu’il a été victime de violences motivées par son statut d’étranger, son nom devra rappeler à tous que le panafricanisme ne peut survivre aux slogans s’il échoue à protéger la vie des Africains. La véritable unité du continent ne se mesurera ni aux sommets diplomatiques ni aux déclarations officielles, mais à la capacité de chaque pays africain à garantir qu’aucun Africain ne soit considéré comme un étranger de trop sur la terre d’Afrique.
Par Zéphyr Kaninda Mukanya

