RDC — Éducation | Analyse — Le gouvernement maintient la rentrée scolaire 2026-2027 au 1er septembre, mais prévoit un dispositif différencié dans les zones fortement exposées à l’épidémie d’Ebola. À l’issue du briefing du 18 août, la ministre d’État à l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté, Raïssa Malu, a annoncé un enseignement à distance allégé dans 18 sous-divisions éducationnelles classées à haut risque. L’objectif est délicat : protéger les enfants contre la contamination sans laisser la crise sanitaire provoquer une rupture prolongée des apprentissages.
Le modèle envisagé est adapté aux contraintes technologiques du pays : il ne repose pas principalement sur Internet, les visioconférences ou les plateformes numériques. Les élèves devraient recevoir des fiches et supports pédagogiques imprimés, complétés par des émissions radiophoniques et des mécanismes de suivi et d’évaluation. La radio présente un avantage évident : elle peut toucher des familles ne disposant ni d’ordinateur, ni de smartphone, ni de connexion Internet. Mais cette solution soulève immédiatement une question : que faire des localités où la couverture radiophonique elle-même reste faible ou inexistante ?

C’est là que se trouve le principal risque de cette rentrée différenciée. L’enseignement à distance ne peut fonctionner que si le canal utilisé est réellement accessible. Entre l’élève disposant d’un poste radio, de fascicules régulièrement distribués et d’un adulte capable de l’accompagner, et celui vivant dans une zone enclavée sans radio ni encadrement familial suffisant, les conditions d’apprentissage seront profondément différentes. À la fracture numérique pourrait ainsi s’ajouter une fracture pédagogique, faisant de l’école à distance une solution à plusieurs vitesses.
La logistique constituera l’autre épreuve majeure. Acheminer régulièrement des fascicules dans des territoires parfois difficiles d’accès, les remettre aux élèves sans provoquer de rassemblements susceptibles d’accroître les risques sanitaires, récupérer les exercices et assurer le suivi nécessitera une organisation de proximité. Les enseignants, directions scolaires, parents, autorités locales, relais communautaires et services sanitaires devront être associés. Dans les zones mal couvertes par la radio, des solutions complémentaires pourraient s’imposer : multiplication des supports imprimés, radios communautaires, points pédagogiques sécurisés ou dispositifs locaux d’accompagnement.
L’évaluation sera tout aussi déterminante. Distribuer des leçons ne signifie pas automatiquement assurer la continuité éducative. Il faudra savoir combien d’enfants reçoivent effectivement les supports, combien suivent les émissions, combien réalisent les exercices et surtout combien progressent réellement. Les évaluations périodiques devront donc servir non seulement à mesurer les acquis, mais également à repérer rapidement les élèves en décrochage. La réussite du dispositif reposera finalement sur trois maillons indissociables : accès aux contenus, accompagnement de l’élève et évaluation des apprentissages.

Face au risque Ebola, maintenir des classes fortement fréquentées dans les foyers les plus exposés pourrait compromettre les efforts sanitaires. L’enseignement à distance apparaît donc davantage comme un compromis nécessaire qu’une solution idéale. Le véritable défi pour le ministère sera de cartographier les moyens de communication disponibles dans chacune des 18 sous-divisions concernées et d’adapter la réponse aux réalités locales, plutôt que d’appliquer un modèle uniforme à des territoires très différents.
Cette rentrée constituera ainsi un véritable test de résilience pour le système éducatif congolais. Face à Ebola, l’école doit protéger les enfants de la maladie sans les exposer à une autre vulnérabilité : le décrochage scolaire. Le succès ne se mesurera donc ni au nombre de fascicules imprimés ni au nombre d’émissions diffusées, mais au nombre d’enfants effectivement atteints et capables de poursuivre leurs apprentissages. Dans une RDC encore profondément marquée par les inégalités d’accès aux moyens de communication, le défi du 1er septembre sera finalement simple à formuler mais difficile à relever : fermer temporairement certaines salles de classe sans fermer la porte de l’éducation.
Par Guy Roger Tshitenge

