KINSHASA — Jean-Claude Vuemba Luzamba se dit favorable au dialogue national, mais pas à n’importe quelles conditions. Le président national du Mouvement du peuple congolais pour la République (MPCR) rejette un processus dont le pouvoir serait, selon lui, à la fois l’initiateur, l’organisateur et l’arbitre. Dans sa réaction au débat politique actuel, l’opposant défend plutôt une concertation « véritablement nationale et inclusive », conduite sous une médiation qu’il souhaite indépendante et impartiale. « Le Congo a besoin d’un dialogue », affirme-t-il, mais celui-ci ne devrait pas être « confisqué » par l’une des parties à la crise.
Pour le président du MPCR, cette crise dépasse largement la guerre dans l’Est. Elle serait également politique, institutionnelle, électorale, économique et sociale, avec en toile de fond une détérioration de la confiance entre gouvernants et gouvernés. Jean-Claude Vuemba veut notamment que les contentieux liés au processus électoral de 2023 puissent être discutés, de même que la situation des acteurs politiques en détention ou en exil et les restrictions qu’il dénonce dans l’exercice des libertés politiques. Une conception sensiblement plus large que le cadre présenté par Félix Tshisekedi, qui entend préserver la continuité des institutions issues des dernières élections.
La Constitution du 18 février 2006 constitue l’autre ligne rouge de Jean-Claude Vuemba. Il cite particulièrement les articles 70 et 220 relatifs notamment à la durée et au nombre des mandats présidentiels ainsi qu’aux matières soustraites à toute révision constitutionnelle. Le MPCR prévient qu’il ne soutiendra aucun processus susceptible, selon son analyse, de servir de passerelle vers une prolongation du pouvoir présidentiel. Ni le dialogue, ni un éventuel référendum, ni la notion de « refondation de l’État » ne devraient, insiste-t-il, permettre de contourner les garanties constitutionnelles.
À la « refondation » institutionnelle évoquée par le pouvoir, Vuemba oppose ainsi une décrispation préalable de l’environnement politique. Il réclame l’ouverture de l’espace politique, un accès équitable aux médias publics, le retour sécurisé des opposants en exil, la restitution des passeports retirés et la libération de personnes qu’il présente comme des prisonniers politiques ou d’opinion. Il dénonce également ce qu’il qualifie d’instrumentalisation de la justice et des services de sécurité. Il s’agit ici de revendications portées par l’opposant et qui appellent, pour certaines, une réponse des institutions mises en cause.
La sortie de Jean-Claude Vuemba rejoint ainsi un débat qui prend de l’ampleur depuis l’annonce du Dialogue national par Félix Tshisekedi : le désaccord porte désormais moins sur la nécessité de dialoguer que sur les règles du dialogue lui-même. Qui doit en assurer la facilitation ? Qui doit participer ? Quels sujets peuvent être inscrits à l’agenda ? Et jusqu’où peut aller la « refondation de l’État » annoncée par le Chef de l’État ? Pour Vuemba, aucune majorité politique ne devrait pouvoir répondre seule à ces questions. « Nous sommes pour un dialogue véritablement national, véritablement inclusif et capable de réconcilier les Congolais autour de l’essentiel : la paix, l’unité nationale, l’intégrité territoriale, la démocratie et le respect de notre Constitution », soutient-il.
La position du MPCR confirme finalement le défi auquel se trouve confrontée l’initiative présidentielle : obtenir l’adhésion d’une opposition qui réclame le dialogue tout en contestant déjà son architecture. Après les réserves exprimées par d’autres plateformes politiques, la sortie de Vuemba élargit le front de ceux qui demandent que les règles du jeu soient préalablement négociées. « Le Congo est plus grand que chacun de nous », conclut-il, appelant à un dialogue « des Congolais, par les Congolais et pour sauver le Congo ». La bataille politique autour des futures assises semble ainsi commencer avant même leur ouverture : non plus sur le principe de parler, mais sur qui organisera la table, qui pourra s’y asseoir et ce qui pourra réellement y être discuté.
Par Didier Mbongomingi

