KINSHASA — Deux séquences politiques majeures vont se télescoper ce mardi 15 septembre en République démocratique du Congo. Pendant que députés et sénateurs reprendront le chemin du Palais du Peuple pour l’ouverture de la session parlementaire de septembre, la Coalition Article 64 (C64) entend mobiliser ses partisans contre toute perspective de changement de la Constitution. Une coïncidence qui transforme cette rentrée institutionnelle, traditionnellement dominée par les enjeux budgétaires, en journée à forte charge politique.
Au Parlement, les élus nationaux entament une session dont le principal enjeu sera l’examen du budget de l’État. Au Sénat, la séance d’ouverture est annoncée à 11 heures. Mais les débats économiques et financiers risquent d’être momentanément éclipsés par la contestation annoncée à l’extérieur du Palais du Peuple, devenu à la fois le centre de l’activité institutionnelle et le point de convergence recherché par l’opposition.
À Kinshasa, Jean-Marc Kabund-à-Kabund et Martin Fayulu appellent à la mobilisation. La C64 veut porter jusque devant le Parlement son refus d’une modification de la Constitution et maintenir la pression sur les institutions. Cette initiative intervient dans un contexte politique déjà marqué par les divergences autour du Dialogue national proposé par le Président Félix Tshisekedi : plusieurs composantes de l’opposition disent ne pas rejeter le principe du dialogue, mais contestent son format, ses conditions d’organisation et les éventuelles réformes constitutionnelles susceptibles de l’accompagner.
À quelques heures de la manifestation, la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) appelle simultanément les manifestants et les forces de sécurité à la retenue. Elle demande aux participants de conserver le caractère pacifique de leur action et de ne pas céder aux provocations. Aux forces de l’ordre, l’institution rappelle que la préservation de l’ordre public doit aller de pair avec la garantie des libertés publiques. Elle insiste également sur un principe essentiel : les éventuels actes répréhensibles commis individuellement ne devraient pas être automatiquement imputés à l’ensemble des manifestants.
La situation apparaît cependant différente à Lubumbashi, où le général Blaise Kilimbalimba a mis en garde contre la tenue de la marche annoncée par la C64. Il invite la population à poursuivre normalement ses activités. Cette position place la gestion sécuritaire de la journée au centre de l’attention : au-delà du rapport de force politique entre pouvoir et opposition, la manière dont les rassemblements seront encadrés constituera également un test du respect conjoint de l’ordre public et de la liberté de manifestation.
Le choix du 15 septembre n’est évidemment pas neutre pour la C64. En faisant coïncider sa mobilisation avec la rentrée parlementaire, la coalition cherche à déplacer sa contestation de l’espace politique vers le cœur même de la représentation nationale. Son message vise autant le pouvoir exécutif que les députés et sénateurs qui seraient appelés à intervenir dans toute éventuelle procédure de révision constitutionnelle. Le Palais du Peuple devient ainsi le point symbolique de confrontation entre la légitimité institutionnelle des élus et la pression politique que l’opposition entend exercer par la rue.
Pour les autorités, l’enjeu sera d’éviter que cette confrontation symbolique ne dégénère en affrontements. Pour la C64, le défi sera inverse : démontrer sa capacité de mobilisation tout en conservant le caractère pacifique de l’action. Dans ce contexte, l’appel de la CNDH prend une importance particulière, car la réussite démocratique de cette journée ne se mesurera pas uniquement au nombre de manifestants ou au dispositif policier déployé, mais aussi à la possibilité pour institutions, opposition et forces de sécurité d’agir dans les limites fixées par la loi.
Ce mardi pourrait ainsi donner le ton d’une rentrée politique particulièrement sensible en RDC. À l’intérieur du Palais du Peuple, les parlementaires devront notamment se lancerles discussions sur les grandes orientations budgétaires de l’État ; à l’extérieur, une partie de l’opposition entend rappeler que la question constitutionnelle demeure pour elle une ligne rouge. Deux expressions du débat démocratique vont donc se retrouver face à face le même jour : celle des institutions et celle de la rue. Le véritable enjeu sera de savoir si elles pourront s’exprimer sans que leur confrontation politique ne devienne une confrontation physique.
Par la Rédaction

