KINSHASA — La polémique autour de la gestion de Congo Airways connaît un nouveau développement. Alors que le Directeur général Alexandre Mukendi Tshikala fait l’objet de graves accusations liées notamment à l’utilisation de ressources financières mobilisées pour la compagnie nationale, de nouvelles correspondances attribuées à l’Inspection générale des finances (IGF) et au banc syndical viennent apporter des éléments supplémentaires au dossier. Des documents qui appellent désormais à distinguer les accusations formulées des faits effectivement établis.
La controverse avait pris de l’ampleur après une correspondance du président du Conseil d’administration mettant en cause la gestion de la Direction générale et évoquant plus de 23 millions de dollars américains mobilisés durant la période concernée. Détournement, gaspillage, incompétence ou encore sabotage du plan de relance : Alexandre Mukendi Tshikala rejette ces différents griefs et réclame que sa gestion soit examinée à travers un audit financier, comptable et opérationnel indépendant et contradictoire. Une démarche qui permettrait notamment de confronter les montants avancés aux paiements réellement effectués, aux contrats exécutés et aux pièces comptables disponibles.
C’est dans ce contexte que deux correspondances viennent alimenter le dossier. La première, émanant du banc syndical, revient sur certaines prises de position antérieures et présente des excuses au Vice-Premier ministre chargé des Transports. La seconde, attribuée à l’Inspection générale des finances, apporte des éléments d’appréciation concernant la situation de Congo Airways et les mécanismes de contrôle de sa gestion. Leur apparition modifie sensiblement le débat, sans toutefois pouvoir être assimilée, à elle seule, aux conclusions définitives d’un audit portant sur l’ensemble des griefs formulés contre la Direction générale.
Pour Alexandre Mukendi, la réponse aux accusations doit précisément se trouver dans les chiffres et les documents. Le Directeur général demande que soient examinés les comptes de l’entreprise, les paiements effectués, les contrats concernés, les pièces justificatives ainsi que les différentes opérations financières citées dans les accusations. Cette procédure contradictoire permettrait surtout de déterminer quelle part des ressources évoquées correspond à des fonds effectivement mis à la disposition de la Direction générale, comment ceux-ci ont été utilisés et quels résultats peuvent leur être associés.
Cette exigence de clarification apparaît d’autant plus importante que Congo Airways traverse depuis plusieurs années une situation financière et opérationnelle difficile. Les problèmes de flotte, les besoins de recapitalisation et les contraintes liées à la relance de l’exploitation dépassent la seule controverse actuelle. Dans ces conditions, attribuer l’ensemble des difficultés de l’entreprise à une seule période de gestion nécessiterait également une démonstration documentée permettant de distinguer les responsabilités historiques de celles relevant de l’administration actuelle.
Les nouvelles correspondances ne ferment donc pas juridiquement ou financièrement le dossier. Elles déplacent cependant le centre du débat : des accusations largement relayées dans l’espace public vers la nécessité d’une vérification institutionnelle et contradictoire. Si la lettre de l’IGF apporte effectivement des éléments favorables à la Direction générale, leur portée exacte devra être appréciée au regard de son objet, de la période examinée et des opérations financières effectivement contrôlées.
Expert-comptable et financier de formation, Alexandre Mukendi Tshikala reste ainsi confronté à un double enjeu : répondre de manière documentée aux griefs formulés contre sa gestion et poursuivre le processus de relance d’une compagnie nationale fragilisée depuis plusieurs années. Pour Congo Airways, l’urgence dépasse désormais la confrontation entre Conseil d’administration et Direction générale : elle concerne la restauration de ses capacités opérationnelles, la transparence dans l’utilisation des ressources publiques et la crédibilité de sa gouvernance.
Au-delà des accusations et des démentis, seuls les documents comptables, les contrôles institutionnels et, le cas échéant, un audit contradictoire complet permettront d’établir définitivement les responsabilités. La correspondance de l’IGF constitue désormais une pièce importante du dossier, mais sa portée doit être appréciée avec précision avant d’en faire un quitus définitif accordé à la gestion d’Alexandre Mukendi.
Par Didier Mbongomingi

