KINSHASA — Voyager en République démocratique du Congo relève encore trop souvent du parcours du combattant. Mais prendre un avion à l’aéroport international de N’Djili peut transformer un simple déplacement en véritable épreuve. Entre sollicitations dès les abords de l’aéroport, contrôles successifs, conditions d’attente précaires et récupération laborieuse des bagages sur les vols domestiques, une question mérite désormais d’être posée : faudra-t-il attendre l’aboutissement des grands projets de modernisation pour que le passager soit enfin placé au centre du service aéroportuaire ?
L’expérience commence parfois avant même de pénétrer dans le terminal. Aux abords de l’aéroport, des personnes portant des chasubles fluorescentes proposent aux voyageurs, contre rémunération, différents services liés aux bagages, à l’enregistrement ou à leur orientation. Pour le passager qui ne distingue pas toujours clairement les agents officiellement habilités des autres intervenants, cette multiplication d’intermédiaires entretient confusion et sollicitations. À cela s’ajoutent les contrôles successifs et la présence de différents services, donnant parfois davantage l’impression d’un espace subi que d’une plateforme organisée autour de la fluidité du voyage.

La situation est particulièrement éprouvante pour les voyageurs des lignes intérieures. Le contraste est frappant entre les ambitions affichées pour le transport aérien congolais et certaines conditions d’accueil encore observables. À l’entrée du secteur national, l’espace d’attente provisoire donne difficilement l’image que devrait renvoyer la principale porte aérienne du pays. « C’est un scandale pour ce pays », s’est étonné un ressortissant asiatique rencontré alors qu’il attendait un vol pour Mbuji-Mayi. Son interrogation en soulève une autre : en cas de forte pluie ou d’intempéries, dans quelles conditions passagers et bagages sont-ils protégés ?
Le paradoxe est d’autant plus visible que les pouvoirs publics ont engagé des travaux de modernisation. Les opérations d’enregistrement du départ national avaient d’ailleurs été temporairement déplacées en novembre 2025 en raison des travaux de la rotonde. Celle-ci a finalement été inaugurée le 30 juin 2026, la RVA affirmant que sa réhabilitation devait améliorer la qualité des services rendus aux voyageurs. Pourtant, pour de nombreux passagers des vols domestiques, l’amélioration annoncée reste encore difficilement perceptible dans l’ensemble de leur parcours. La question n’est donc plus seulement de construire ou de réhabiliter, mais de faire fonctionner pleinement et efficacement les infrastructures disponibles.

L’arrivée constitue une autre épreuve. Dans l’espace réservé à la récupération des bagages des vols nationaux, plusieurs dizaines de voyageurs peuvent se retrouver simultanément dans une salle exiguë, insuffisamment confortable, autour d’un dispositif de livraison des bagages qui atteint rapidement ses limites lorsque plusieurs vols arrivent dans un intervalle rapproché. L’attente peut alors devenir particulièrement longue. Un voyageur résidant dans le quartier Plaza raconte même avoir eu le temps de rentrer chez lui, de se changer puis de revenir à l’aéroport avant de pouvoir récupérer ses bagages. Anecdotique en apparence, cette situation illustre pourtant l’ampleur des délais auxquels certains passagers disent être confrontés.
Il serait cependant trop facile d’expliquer tous ces dysfonctionnements par la vétusté des infrastructures. La RVA, en tant que gestionnaire de la plateforme, porte aussi une responsabilité d’organisation du service. Même avant l’achèvement d’un nouvel aéroport, des améliorations sont possibles : identification claire des agents autorisés, maîtrise des sollicitations autour des voyageurs, rationalisation des contrôles, meilleure organisation des files, information permanente des passagers, amélioration de la manutention des bagages et coordination plus rigoureuse entre compagnies, services publics et gestionnaire de l’aéroport. Le management ne devrait pas attendre le béton.

Cette exigence est d’autant plus légitime que le voyageur contribue directement au financement du système à travers les différentes redevances et taxes liées au transport aérien. La RVA avait d’ailleurs indiqué en 2024 que certains travaux de remise en état de l’aérogare modulaire seraient financés sur ses fonds propres, notamment à travers la redevance Go Pass. Dès lors, le passager est en droit d’attendre que les ressources mobilisées se traduisent aussi par une amélioration visible de ses conditions de voyage.
L’enjeu dépasse le seul confort. Un aéroport constitue l’une des premières vitrines d’un pays. Pour un investisseur, un touriste ou un partenaire économique qui arrive à Kinshasa, la qualité de l’accueil, la fluidité des formalités, la sécurité et la prévisibilité du parcours participent à la perception de l’environnement économique. Un pays qui ambitionne d’améliorer son climat des affaires ne peut donc dissocier la modernisation de ses infrastructures de la qualité du service fourni à ceux qui les utilisent.

Le Gouvernement a inscrit la construction et la modernisation de l’aéroport de N’Djili parmi les actions de son Programme 2024-2028. Les investissements se poursuivent : en août 2026, le ministère des Finances annonçait notamment que des ressources provenant de l’Eurobond avaient été décaissées au profit de plusieurs projets structurants, dont les aéroports de N’Djili et de Luano. L’ambition d’une plateforme moderne existe donc bel et bien. Mais cette perspective ne devrait pas devenir une raison pour reporter à demain les améliorations qui peuvent être apportées aujourd’hui.
Car respecter le passager ne nécessite pas forcément d’attendre 2028. Il faut certes des terminaux modernes, des équipements performants et des investissements importants. Mais il faut aussi de l’ordre, de la discipline, une chaîne de responsabilités clairement établie et une véritable culture du service. N’Djili peut attendre ses nouvelles infrastructures ; ses passagers, eux, ne devraient plus avoir à attendre le respect qui leur est dû.
Par Thierry Bwongo

