Ce 1er octobre ouvre Octobre Rose, le mois mondial de sensibilisation au cancer du sein. Derrière le ruban rose et les campagnes de mobilisation se joue pourtant une bataille autrement plus concrète : celle du temps. Temps gagné entre l’apparition d’un signe suspect et la consultation, entre la consultation et la biopsie, entre le diagnostic et le traitement. Car si la recherche médicale progresse à une vitesse remarquable, une vérité demeure : plus le cancer du sein est identifié tôt, plus les possibilités de traitement sont importantes. En Afrique, et particulièrement en République démocratique du Congo, Octobre Rose devrait donc dépasser le symbole pour devenir un véritable rendez-vous de santé publique.
Les nouvelles estimations de GLOBOCAN 2024, publiées en juillet 2026 par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC/IARC), donnent la mesure du défi. Près de 2,5 millions de personnes ont développé un cancer du sein dans le monde en 2024 et près de 700 000 en sont mortes. Le cancer du sein demeure de très loin le cancer le plus fréquemment diagnostiqué chez la femme et la première cause de mortalité féminine par cancer. Le CIRC souligne également qu’une partie des cas peut être évitée, notamment par l’action sur certains facteurs de risque établis comme la consommation d’alcool et l’obésité.

L’Afrique présente toutefois un paradoxe particulièrement préoccupant. Selon GLOBOCAN, 198 553 nouveaux cancers du sein et 91 252 décès étaient estimés sur le continent en 2022. L’Afrique ne représentait alors qu’environ 8,6 % des nouveaux cas mondiaux, mais près de 13,7 % des décès. Plus révélateur encore, l’OMS Afrique indiquait en septembre 2026 que, dans la plupart des pays de la région, plus de 70 % des cancers du sein sont encore diagnostiqués tardivement. Dans certains contextes, six mois ou davantage peuvent s’écouler entre les premiers symptômes et l’accès à une prise en charge appropriée. À ce stade, les traitements deviennent plus complexes, plus coûteux et les chances de guérison diminuent.
La RDC n’échappe pas à cette réalité. Les données GLOBOCAN 2022 estimaient à 7 385 le nombre de nouveaux cancers du sein chez les Congolaises, soit environ un quart de tous les nouveaux cancers féminins estimés dans le pays, plaçant le sein au deuxième rang derrière le cancer du col de l’utérus. Mais ces chiffres doivent être lus avec prudence : la connaissance épidémiologique congolaise reste insuffisante et l’absence d’un registre national du cancer suffisamment exhaustif complique encore la mesure précise de l’incidence, de l’âge des patientes, des formes biologiques rencontrées et de leur survie. Autrement dit, le défi congolais consiste aussi à mieux compter pour mieux prévenir, planifier et soigner.

La question des cancers apparaissant chez des femmes relativement jeunes mérite également une attention particulière, sans céder aux raccourcis. Il n’existe pas une cause unique au cancer du sein. Prédispositions génétiques, notamment certaines mutations héréditaires, exposition hormonale au cours de la vie, histoire reproductive, consommation d’alcool, activité physique, poids corporel et plusieurs autres facteurs peuvent modifier le risque. Cela ne signifie pas pour autant qu’une femme atteinte aurait nécessairement pu empêcher sa maladie. Quant à certaines croyances populaires, comme celle selon laquelle la stimulation ou la succion des seins par un partenaire protégerait contre le cancer, aucune preuve scientifique sérieuse ne l’établit. Cette idée est parfois confondue avec l’allaitement maternel, qui, lui, est associé à une diminution statistique du risque de cancer du sein au cours de la vie.
L’espoir vient cependant d’une révolution thérapeutique désormais très concrète. En 2026, les traitements du cancer du sein deviennent de plus en plus personnalisés. Le trastuzumab deruxtecan (Enhertu), un anticorps conjugué capable de transporter un médicament directement vers certaines cellules HER2+, a obtenu en mai aux États-Unis de nouvelles indications dans le cancer du sein HER2 positif de stade précoce, y compris avant la chirurgie et dans certaines situations après celle-ci. Quelques jours plus tard, le datopotamab deruxtecan était également autorisé pour certaines formes métastatiques de cancer du sein triple négatif. Ces innovations renforcent une approche dans laquelle on ne traite plus seulement un « cancer du sein », mais une tumeur définie par ses caractéristiques biologiques précises.

Une autre avancée pourrait transformer profondément le suivi des malades : la biopsie liquide et l’ADN tumoral circulant. En septembre 2026, la FDA américaine a accordé une autorisation accélérée au camizestrant associé à un inhibiteur de CDK4/6 pour certaines patientes présentant un cancer hormonodépendant avancé. La particularité est majeure : une mutation de résistance appelée ESR1 peut être détectée dans le sang avant même que l’imagerie ne montre une progression de la maladie, permettant potentiellement d’adapter plus tôt le traitement. C’est l’esquisse d’une cancérologie où l’on pourrait non seulement observer le cancer, mais suivre ses transformations moléculaires presque en temps réel. Cette stratégie reste cependant soumise à la confirmation de son bénéfice clinique à long terme.
Pour la RDC, le véritable enjeu d’Octobre Rose 2026 se trouve précisément à la rencontre de ces deux mondes : une médecine qui avance très vite et des patientes qui doivent pouvoir y accéder. Il ne suffit plus de multiplier les rubans roses et les slogans pendant trente et un jours. Il faut apprendre aux femmes à reconnaître les changements inhabituels de leurs seins, organiser des circuits rapides d’orientation, renforcer la biopsie, l’anatomopathologie et l’immunohistochimie permettant d’identifier notamment ER, PR et HER2, développer l’imagerie, la chirurgie oncologique, la chimiothérapie et la radiothérapie, et rendre progressivement accessibles les traitements modernes. C’est à cette condition qu’Octobre Rose prendra tout son sens : transformer la sensibilisation en diagnostic, le diagnostic en traitement et les progrès de la science en vies réellement sauvées.
Par la rédaction

