KINSHASA — En huit ans, la taille nominale de l’économie congolaise exprimée en dollars a changé de dimension. D’environ 50 milliards USD en 2018, à la fin de la présidence de Joseph Kabila, le produit intérieur brut de la République démocratique du Congo dépasse désormais les 120 milliards USD en 2026. Les dernières données du Fonds monétaire international placent surtout la RDC au deuxième rang des économies de la Communauté d’Afrique de l’Est, derrière le Kenya et devant la Tanzanie. Un basculement qui illustre l’expansion économique enregistrée sous Félix Tshisekedi, même si la puissance du PIB ne signifie pas encore prospérité pour la majorité des Congolais.
Selon les données du World Economic Outlook du FMI, le PIB nominal congolais pour 2026 se situe désormais autour de 122 milliards de dollars. Comparé aux quelque 50 milliards enregistrés en 2018, l’économie congolaise a donc plus que doublé en valeur nominale en dollars en huit ans, soit une progression de l’ordre de 140 %. Le FMI continue parallèlement de constater la résilience de l’économie congolaise malgré la guerre dans l’Est, les tensions internationales et les contraintes budgétaires. Sa dernière projection situe la croissance réelle autour de 5,2 % en 2026.

La comparaison régionale donne davantage de relief à cette évolution. Dans l’espace de la Communauté d’Afrique de l’Est, le Kenya demeure la première économie, avec un PIB nominal supérieur à 150 milliards USD selon les nouvelles estimations communiquées à partir de l’édition d’octobre du FMI. La RDC arrive en deuxième position avec plus de 120 milliards, devant la Tanzanie et l’Ouganda. Derrière ce quatuor viennent le Rwanda, la Somalie, le Soudan du Sud et le Burundi. À eux huit, les États membres constituent désormais un espace économique pesant plusieurs centaines de milliards de dollars.
Pour Kinshasa, le symbole est politique autant qu’économique. Félix Tshisekedi avait hérité en 2019 d’une économie dont le PIB nominal tournait autour de la cinquantaine de milliards de dollars. Huit ans après 2018, sa taille en dollars a plus que doublé. Le secteur minier, particulièrement le cuivre et le cobalt, reste l’un des principaux moteurs de cette expansion. Le FMI souligne lui-même la résistance de l’économie congolaise dans un environnement marqué par le conflit armé, tout en appelant à poursuivre les réformes, diversifier les exportations, améliorer le climat des affaires et rendre la croissance davantage inclusive.

Ces chiffres ne signifient toutefois pas que le Congolais est devenu deux fois plus riche. La progression de 50 à plus de 120 milliards USD concerne le PIB nominal exprimé en dollars courants. Elle ne doit donc pas être confondue avec une croissance réelle de 140 %. L’évolution des prix, du taux de change, de la production et les révisions des données économiques interviennent dans cette comparaison. Surtout, rapportée à une population de plus de 100 millions d’habitants, la richesse produite par tête reste faible : le FMI estimait déjà le PIB par habitant congolais autour de 1 120 dollars en 2026 dans son édition d’avril.
Le défi de Félix Tshisekedi se déplace ainsi du volume vers la transformation. Faire passer l’économie congolaise de quelque 50 milliards à plus de 120 milliards de dollars constitue une évolution macroéconomique majeure. Mais la véritable victoire sera obtenue lorsque cette puissance économique se traduira davantage en emplois, revenus, routes, électricité, écoles, hôpitaux et amélioration mesurable du pouvoir d’achat. La RDC est devenue l’une des deux plus grandes économies de l’EAC ; il lui reste à faire ressentir cette nouvelle dimension économique dans le quotidien des Congolais.
Par Thierry Bwongo

