KINSHASA — 24,8 milliards de dollars pour financer les priorités de la République en 2027. L’Assemblée nationale poursuit ce vendredi 30 octobre l’examen du projet de loi de finances défendu la veille par la Première ministre Judith Suminwa Tuluka. Chiffré à 56 930 milliards de francs congolais, le texte place la défense et les services sociaux parmi ses principaux postes et prévoit une mesure particulièrement attendue : l’extension de la gratuité de l’enseignement aux 7e et 8e années de l’éducation de base dès l’année scolaire 2027-2028.
Présenté en équilibre entre recettes et dépenses, le projet affiche une progression d’environ 12 % par rapport au budget rectificatif 2026. Face à la guerre dans l’Est et aux besoins sociaux considérables du pays, l’Exécutif le présente comme un « budget d’action et de souveraineté ». Sur les 24,8 milliards USD projetés, environ 6,2 milliards sont affectés aux services sociaux de base, dont l’éducation, la santé, l’eau, l’électricité et la protection sociale.

La défense de l’intégrité territoriale constitue l’autre grande priorité. Quelque 14 091 milliards CDF, soit autour de 6,1 milliards USD, sont prévus pour le pilier couvrant notamment la défense, la sécurité et les actions liées à la souveraineté. Ces crédits doivent notamment soutenir la formation, l’équipement et la logistique des forces de défense et de sécurité ainsi que l’amélioration de la prise en charge du personnel militaire et policier.
Mais l’une des annonces sociales les plus importantes concerne l’école. Le gouvernement veut étendre la gratuité aux 7e et 8e années de l’éducation de base à partir de l’année scolaire 2027-2028. Les ressources prévues doivent également financer la construction, la réhabilitation et l’équipement des écoles, la formation des enseignants, la prise en charge salariale de nouvelles unités et le départ à la retraite des enseignants remplissant les conditions requises. Le ministère de l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté a confirmé cette orientation ce vendredi.

En matière de santé, l’Exécutif annonce la poursuite de la Couverture santé universelle, de la gratuité des accouchements et des soins maternels et néonatals, ainsi que le financement de la riposte aux épidémies. Les investissements constituent également une composante importante du projet : environ 13 722 milliards CDF, soit près de 6 milliards USD, sont projetés en dépenses d’investissement, en progression de 30 % par rapport à 2026.
Le gouvernement entend parallèlement soutenir l’emploi, le pouvoir d’achat, l’agriculture, la sécurité alimentaire, les infrastructures, les transports et la connectivité. L’objectif affiché est de faire du budget autre chose qu’une addition de crédits : un instrument permettant de financer simultanément l’effort de souveraineté, les investissements productifs et les politiques sociales prévues dans le Programme d’actions du gouvernement 2024-2028.

Après les interventions des groupes parlementaires et des députés non-inscrits jeudi, le débat reprend ce vendredi. Dans un communiqué signé par le rapporteur Jacques Djoli Eseng’Ekeli, le Bureau de l’Assemblée nationale a convoqué les députés à 11 heures au Palais du peuple, avec pour principal point à l’ordre du jour la poursuite de l’examen et l’adoption du projet de loi de finances 2027. Le texte reste donc, à ce stade, un projet de budget soumis au Parlement et peut encore être amendé avant son adoption définitive.
Au-delà du chiffre record de 24,8 milliards USD, la véritable question sera celle de l’exécution. Étendre la gratuité scolaire, financer la guerre, améliorer les soins, construire les infrastructures et soutenir le pouvoir d’achat exigera que les recettes annoncées soient effectivement mobilisées et que les crédits votés atteignent leurs destinations. C’est sur cet écart entre prévisions et réalisations que le budget 2027 sera finalement jugé.
Par Thierry Bwongo

