KINSHASA — La bataille contre l’insalubrité dans la capitale congolaise entre dans une nouvelle phase, celle de la coordination de proximité. Ce samedi, le commandant du Service national a réuni, pour la première fois dans le cadre de la Task Force dédiée à l’assainissement de Kinshasa, les bourgmestres des 24 communes. L’objectif est de définir une méthode de travail commune permettant de rapprocher les opérations du terrain et de mieux articuler l’action du Service national avec celle des administrations municipales.
Cette rencontre traduit une évolution dans l’approche de l’assainissement de la mégapole. Face à l’accumulation des déchets, à la multiplication des dépotoirs sauvages et aux difficultés de maintien de la propreté après certaines interventions, les opérations ponctuelles ne peuvent, à elles seules, apporter une réponse durable. L’intégration des bourgmestres dans le dispositif vise précisément à créer une chaîne de responsabilités allant de la coordination centrale jusqu’aux communes, là où se concentrent les réalités quotidiennes de l’insalubrité.
Les autorités municipales disposent, à cet égard, d’un avantage déterminant : leur connaissance des quartiers et des points critiques de leurs juridictions. Elles peuvent identifier les sites nécessitant une intervention prioritaire, signaler rapidement la reconstitution des dépotoirs et mobiliser les structures locales. Pour le Service national, cette proximité doit permettre de mieux orienter les moyens humains et opérationnels déployés sur le terrain, tandis que la Task Force devra faciliter la circulation de l’information et le suivi des actions entreprises.

L’ambition est ainsi de passer progressivement d’une logique consistant simplement à nettoyer à une logique permettant d’identifier, intervenir, contrôler et maintenir. C’est probablement à ce dernier niveau que se jouera la réussite de l’opération. Évacuer des tonnes de déchets constitue une étape visible ; empêcher leur retour quelques jours plus tard exige cependant une organisation permanente associant collecte, évacuation, contrôle des espaces publics et responsabilisation des autorités locales.
La mobilisation des bourgmestres ne réglera toutefois pas, à elle seule, l’équation de l’insalubrité kinoise. La pérennité des résultats dépendra également du comportement des habitants, de l’organisation de la filière des déchets et du respect des règles d’hygiène et d’occupation des espaces publics. La sensibilisation devra donc accompagner la contrainte et les opérations de nettoyage, faute de quoi les mêmes causes risquent de reproduire les mêmes dépotoirs. La responsabilisation des communes devient, dans cette perspective, un élément essentiel pour inscrire l’effort dans la durée.
Cette première réunion donne ainsi à la Task Force un ancrage territorial indispensable, mais son efficacité sera jugée sur des résultats visibles dans les 24 communes de Kinshasa. Après la mobilisation des hommes et des moyens vient désormais le défi le plus complexe : maintenir durablement les espaces assainis. La bataille pour une capitale plus propre ne se gagnera donc pas seulement par l’ampleur des opérations du Service national, mais par la capacité de l’État, de la ville, des communes et des citoyens à agir dans une même chaîne de responsabilité.
Par Guy Roger Tshitenge

