KINSHASA — Jean-Pierre Bemba apporte son soutien à l’initiative de dialogue national annoncée par Félix-Antoine Tshisekedi. Réagissant à l’adresse du Chef de l’État, le président du Mouvement de libération du Congo (MLC) et vice-Premier ministre chargé des Transports met particulièrement en avant le choix de faire précéder les assises nationales de consultations à travers les 26 provinces, les territoires et les communautés. Une approche qui doit, selon lui, permettre de construire un dialogue partant « du peuple et des réalités vécues au quotidien », alors qu’une partie de l’opposition conteste déjà le format proposé par le Président de la République.
Pour Bemba, l’enjeu est précisément d’éviter de reproduire les grandes concertations politiques réduites à des négociations entre états-majors. « Ce dialogue ne doit pas être un simple rendez-vous politique de plus », insiste-t-il. Paix, cohésion nationale, sécurité et souveraineté devraient constituer le cœur d’une réflexion beaucoup plus large sur l’avenir du pays. Cette lecture rejoint l’un des principaux arguments développés par Tshisekedi dans son allocution : tirer les leçons des précédents dialogues, souvent concentrés sur les acteurs politiques et accusés d’avoir privilégié les compromis au sommet sans suffisamment associer les populations.
« Notre avenir ne peut être décidé uniquement dans les bureaux de Kinshasa », affirme encore Jean-Pierre Bemba. Derrière cette formule se dessine une conception territorialisée du dialogue : faire remonter vers les assises nationales les préoccupations spécifiques des différentes parties du pays. Sécurité dans les provinces touchées par les conflits, tensions communautaires, gouvernance locale, développement, cohésion sociale ou souveraineté pourraient ainsi être abordés à partir des réalités vécues sur le terrain. La réussite de cette démarche dépendra toutefois de la représentativité des consultations et de la capacité du processus à transformer les contributions provinciales en véritables matières à décision.
La prise de position de Bemba possède également une évidente portée politique. Président d’une formation importante de la majorité et membre de premier plan du gouvernement, il apporte son poids à une initiative présidentielle qui rencontre déjà les réserves d’une partie de l’opposition. Il présente Félix Tshisekedi comme « le garant de la Nation et le premier défenseur des intérêts du peuple » et appelle les forces politiques à dépasser leurs intérêts particuliers : « Au-delà de nos appartenances politiques et de nos ambitions personnelles, nous avons une responsabilité supérieure : préserver la République, consolider la paix, renforcer notre unité et préparer l’avenir. »
Cette adhésion contraste précisément avec les premières réactions venues de certains courants de l’opposition. Alors que ceux-ci s’interrogent sur la facilitation, l’inclusivité, l’agenda et les acteurs admis autour de la table, Bemba choisit de défendre l’architecture privilégiant d’abord les consultations populaires. Deux lectures du dialogue commencent ainsi à se dessiner : celle d’un pouvoir qui veut partir des provinces pour construire un consensus national et celle d’une partie de l’opposition qui réclame préalablement un accord politique sur les règles du processus. La question de savoir qui participera, et dans quelles conditions, restera donc déterminante.
Le véritable défi commence dès lors après les déclarations de soutien. Pour se distinguer des nombreuses concertations qui ont jalonné l’histoire politique congolaise, le futur dialogue devra démontrer que les préoccupations recueillies à Gemena, Goma, Mbandaka, Kananga, Lubumbashi ou ailleurs pèseront réellement sur les conclusions de Kinshasa. « Soyons tous acteurs de ce débat. La Nation nous regarde », lance Jean-Pierre Bemba. Derrière cet appel se joue finalement l’un des principaux paris de l’initiative Tshisekedi : faire du dialogue non plus seulement une négociation entre dirigeants, mais un processus capable de faire remonter la parole des provinces jusqu’au centre de la décision nationale.
Par la Rédaction

