TRIBUNE — Par l’Honorable Dr Jean-Jacques MBUNGANI
Député national, élu de Budjala, ancien Ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévention
La République démocratique du Congo fait aujourd’hui face à une grave épidémie d’Ebola qui exige, à juste titre, une mobilisation exceptionnelle. Mais Ebola n’est malheureusement pas seul. Le choléra, la rougeole et le Mpox continuent également de frapper des milliers de Congolais, souvent dans une relative indifférence. Ces maladies font moins de bruit, mais elles progressent et emportent encore trop de vies qui pourraient être sauvées.
Pourquoi la RDC reste-t-elle aussi vulnérable aux épidémies ? Notre pays est immense, avec plus de 2,3 millions de km², une population nombreuse et mobile, de vastes forêts et une biodiversité exceptionnelle. À cela s’ajoutent la déforestation, l’exploitation parfois anarchique des ressources naturelles, les conflits armés, les déplacements de populations et la précarité sanitaire. Tous ces facteurs favorisent l’apparition et la propagation des maladies, mais ils n’expliquent pas tout.

La RDC possède une longue expérience dans la gestion des épidémies. Nous avons appris une règle fondamentale : détecter vite pour agir vite. Or, depuis quelque temps, certaines épidémies sont détectées tardivement, des symptômes sont parfois initialement assimilés au paludisme et la coordination entre les structures chargées de la surveillance et de la riposte manque de lisibilité. Le système d’alerte précoce, renforcé notamment en 2022, doit retrouver toute son efficacité. Et dans la gestion d’une urgence sanitaire, la compétence doit toujours primer sur le clientélisme.
Le Mpox, connu dans notre pays depuis 1970, notamment à Basankusu, s’est considérablement étendu depuis 2024, jusqu’à toucher l’ensemble du territoire et dépasser nos frontières. Aujourd’hui encore, plus de 600 cas et une dizaine de décès seraient enregistrés chaque semaine, avec une situation particulièrement préoccupante dans plusieurs provinces, notamment le Sankuru, le Kasaï, le Sud-Kivu et l’Ituri. Une maladie autrefois localisée ne peut devenir progressivement une menace nationale sans provoquer un renforcement conséquent de notre réponse.

La rougeole constitue un autre drame silencieux, particulièrement pour nos enfants. Chaque semaine, plus de 1 000 cas seraient enregistrés et une trentaine d’enfants perdraient la vie. Depuis janvier 2026, environ 120 000 cas et 1 600 décès auraient déjà été enregistrés. Pourtant, nous disposons d’un moyen efficace de prévention : la vaccination. Les ruptures de vaccins, les difficultés logistiques et les insuffisances dans le suivi des campagnes doivent être corrigées. Chaque enfant non vacciné constitue une vulnérabilité supplémentaire pour toute la communauté.
Le choléra, quant à lui, nous renvoie aux problèmes fondamentaux d’accès à l’eau potable, d’assainissement et d’hygiène. Alors qu’en 2023 des progrès avaient permis de ramener la létalité à moins de 1 %, nous enregistrerions aujourd’hui près de 2 000 cas par semaine, avec une létalité avoisinant 3 % et pouvant atteindre des niveaux beaucoup plus élevés dans certaines zones. Plus préoccupant encore, la maladie apparaît désormais dans des provinces historiquement moins exposées, notamment Kinshasa, le Maï-Ndombe et le Kwango. À cela s’ajoute le paludisme, qui demeure l’une des principales causes de consultation et de mortalité dans notre pays.

Face à cette situation, cinq décisions me paraissent urgentes : faire un état des lieux sans complaisance pour clarifier qui fait quoi ; remettre la compétence au centre des nominations techniques ; réintégrer pleinement la riposte dans les centres de santé, les hôpitaux et les zones de santé plutôt que dans des structures parallèles ; garantir une gestion transparente des financements ; et réactiver les mécanismes de gestion des urgences sanitaires à tous les niveaux, depuis les communautés jusqu’au niveau national.
La question des financements est particulièrement importante. L’État et les partenaires mobilisent des ressources considérables pour combattre les épidémies. Mais chaque dollar engagé doit produire un résultat visible sur le terrain : un vaccin disponible, un intrant livré, un soignant payé, un malade correctement pris en charge ou une vie sauvée. La redevabilité doit devenir une règle permanente dans la gestion des urgences sanitaires.

Chers compatriotes, Ebola fait peur et nous devons mobiliser toutes nos forces pour le vaincre. Mais pendant ce temps, le choléra, la rougeole, le Mpox, le paludisme et d’autres maladies continuent de tuer en silence nos enfants, nos mères et nos communautés. Il ne s’agit pas de nier les efforts consentis par le Gouvernement et nos partenaires, mais de regarder lucidement nos faiblesses, de préserver ce qui fonctionne et de corriger rapidement ce qui ne fonctionne plus.
Dans l’esprit d’apaisement, de paix et de cohésion nationale appelé de ses vœux par le Chef de l’État dans la perspective du Dialogue national, la santé doit devenir un terrain de rassemblement national. Face à une épidémie, il n’y a ni majorité ni opposition : il y a une Nation à protéger. La RDC possède les compétences et l’expérience nécessaires ; donnons-leur les moyens d’agir. Car une épidémie négligée aujourd’hui peut devenir une catastrophe nationale demain.
@tropik1fos

