KINSHASA — L’AFC/M23 est confrontée à de nouvelles tensions au sommet de sa structure politico-militaire. Selon une enquête publiée ce 23 septembre par Africa Intelligence, un projet visant à déstabiliser l’autorité de Sultani Makenga, chef de l’appareil militaire du M23, a été découvert et déjoué. L’affaire mettrait en évidence des rivalités croissantes entre la composante militaire autour de Makenga et des responsables de l’aile politique de l’AFC, dans un contexte où les divergences internes du mouvement étaient déjà documentées.
Selon les informations rapportées par plusieurs sources, le projet aurait prévu une profonde réorganisation de la direction du mouvement. Baudouin Ngaruye aurait été pressenti pour remplacer Sultani Makenga à la tête du commandement militaire, tandis que Théo Binamungu aurait été envisagé pour exercer des responsabilités à la tête du Nord-Kivu et Jean-Marie Runiga pour le Sud-Kivu. Des sources rapportent également que ce schéma aurait été présenté à des responsables sécuritaires rwandais. Ces éléments, qui complètent les révélations d’Africa Intelligence, ne sont toutefois pas tous corroborés indépendamment à ce stade et doivent donc être considérés comme des informations rapportées.
L’affaire aurait été mise au jour à la suite d’informations attribuées à François Kazarama, ancien officier du M23, qui aurait transmis des éléments et des documents liés au projet. Le renseignement militaire du mouvement aurait ensuite découvert les préparatifs. Théo Binamungu aurait été arrêté à Goma à la fin du mois d’août. Plusieurs sources congolaises rapportent qu’il aurait été interrogé par les services de renseignement militaire et que l’examen de ses téléphones et ordinateurs aurait permis de retrouver des éléments liés au projet. Il serait actuellement détenu à la prison centrale de Munzenze, à Goma.
Le cas de Théo Binamungu donne une dimension politique particulière à cette affaire. Présenté comme un responsable de la branche civile et politique de l’AFC/M23, il est également identifié dans plusieurs sources comme coordonnateur d’Ensemble pour la République au Nord-Kivu, formation politique dirigée par Moïse Katumbi. Les circonstances exactes de son arrestation, les accusations formellement retenues contre lui et la procédure suivie à son encontre restent cependant à établir à partir de sources judiciaires ou administratives indépendantes. Des informations faisant état de problèmes de santé et même d’un possible empoisonnement circulent également, mais elles ne sont pas suffisamment établies pour être présentées comme des faits.
Cette affaire intervient alors que les divergences entre les différentes composantes de l’AFC/M23 ne sont pas nouvelles. Des analyses et rapports antérieurs ont fait état de tensions autour du partage du pouvoir, de la chaîne de commandement et des orientations politiques et militaires du mouvement. Mais la révélation d’un projet visant directement la position de Sultani Makenga donne une nouvelle dimension à ces rivalités. Elle soulève notamment la question de l’équilibre entre l’autorité militaire du M23 et la direction politique de l’AFC autour de Corneille Nangaa.
À ce stade, rien ne permet cependant de conclure à un éclatement de l’AFC/M23 : Sultani Makenga demeure présenté comme le chef de son appareil militaire. Mais la découverte de ce projet, l’arrestation rapportée de Théo Binamungu et les différents scénarios de réorganisation évoqués témoignent de tensions suffisamment sérieuses pour attirer l’attention sur les rapports de force internes. Pour Kinshasa et les acteurs engagés dans les efforts diplomatiques sur l’Est de la RDC, l’évolution de ces équilibres pourrait constituer un élément important à surveiller dans les prochains jours.
Par la Rédaction

